Le lait local peut valablement concurrencer le lait reconstitué, selon le Pr Cheikh Ly

Economie

Dahra (Louga), 12 jan (APS) - Le lait produit par les éleveurs sénégalais peut valablement concurrencer celui reconstitué si les besoins du consommateur sont pris en compte et une politique hardie de conquête de marchés mise en pratique, a estimé le Professeur Cheikh Ly de l'Ecole inter-Etats des sciences et médecine vétérinaires (EISMV). Le professeur Cheikh Ly, chercheur et responsable de l'antenne Afrique de l'Ouest de l'Initiative de la FAO pour des politiques d'élevage en faveur des pauvres (pro-poor Livestock policy Initiative) s'entretenait avec l'APS, en marge de l'atelier sur la filière laitière organisé lundi à Dahra (85 kilomètres de Louga). Le consommateur sénégalais peut avoir mieux que le lait reconstitué qui contient de l'huile végétale si les producteurs locaux prennent en compte ses besoins dans une production finale de qualité acheminée dans des circuits de commercialisation clairement identifiés, a-t-il soutenu. Il a ainsi plaidé pour un effort coordonné de tous les acteurs impliqués et pour une meilleure intégration des flux de produits des points de collecte à la commercialisation en veillant à l'hygiène pour que le lait s'adapte à certaines exigences du marché. Souhaitant l'arbitrage de l'Etat en faveur de la filière par rapport aux produits laitiers importés, le Professeur Ly a invité les producteurs à mieux structurer les mini-laiteries locales, le marché local de Dahra et de se lancer à la conquête de Touba avant les autres centres urbains éloignés pour tirer davantage de profit du secteur. Il a aussi appelé les différents acteurs impliqués dans la filière à traiter avec doigté et hygiène le lait local mis à la disposition du consommateur avant de relever la nécessité de coordonner les actions de développement de la filière déjà mises en œuvre dans la zone sylvo-pastorale par les différents intervenants. Membre de l'Ordre des docteurs vétérinaires, le Professeur Ly a cependant estimé que les performances des petits producteurs sont fortement liées à leur accès aux services spécifiques tels que la santé animale et les intrants vétérinaires, l'information sur les techniques, les produits, les marchés et les prix, l'hygiène, le crédit, l'assurance, l'approvisionnement en aliments, le transport, etc. Toutes ces actions devraient être mises en valeur avec le pro-poor, un programme qui a démarré ses activités en Afrique en février 2004 avec le Sénégal comme pays test. Il vise une réduction de la pauvreté grâce à des politiques nationales et internationales pour un élevage équitable, sain et durable. L'initiative a choisi d'investir ce secteur de l'élevage qui, dans les pays en voie de développement, recouvre plus d'un tiers de la valeur de la production agricole tout en contribuant à la vie rurale, à l'emploi et à la réduction de la pauvreté. Dotée de cinq antennes --Dakar (Afrique de l'Ouest), Nairobi (Afrique de l'Est), New Delhi (Asie du sud), Bangkok (Asie du sud-est) et Lima (Andes)--, l'initiative va durer huit ans dans sa première phase. La FAO qui a lancé ce programme souhaite harmoniser les approches méthodologiques, évaluer les thématiques principales selon les régions, apporter l'information aux débats sur les politiques d'élevage et encourager les coalitions pour un changement des politiques d'élevage. L'antenne régionale, coordonnée par l'Ordre des docteurs vétérinaires, l'institution de conseil dans les domaines de l'élevage, de la pêche, de la santé publique et de la biodiversité, va s'atteler à appuyer le processus de formulation des politiques au Sénégal et impulser une nouvelle dynamique pour une meilleure intégration régionale des politiques d'élevage dans l'espace UEMOA. PON/MIS/CTN