Un économiste sénégalais relève les erreurs stratégiques du NEPAD

Economie

Dakar, 20 nov (APS) - Le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) qui prétend définir la stratégie des 53 pays d'Afrique face à la mondialisation pour les prochaines décennies (...) repose sur un certain nombre d'erreurs stratégiques qui permettent de douter de son efficacité selon l'économiste sénégalais Tom Amadou Seck. Malgré les pronostics enthousiastes de ses promoteurs, l'ambition du NEPAD d'atteindre des taux de croissance annuelle de 7 % durant les quinze premières années et de diminuer la pauvreté de moitié d'ici à 2015 (...) paraît difficilement réalisable en raison (...) des faiblesses de financement du plan de développement et (...) de son incapacité à sortir du carcan des politiques néolibérales a indiqué l'économiste dans l'édition du mois de novembre du mensuel Le Monde Diplomatique. Lancé en 2001, le NEPAD a pour objectif de sortir le continent africain du sous-développement, notamment en attirant les investissements étrangers en contrepartie d'un engagement des Etats africains à la bonne gouvernance à la fois politique et économique. D'après M. Seck, le réalisme du nouveau plan de développement, devenu la référence obligée de tous les discours sur l'essor économique du continent noir, serait donc de se tourner vers les financements Sud-Sud (Afrique du Sud, pays pétroliers et asiatiques) et l'épargne locale. Il serait nécessaire de sécuriser l'épargne intérieure et de freiner cet exode des capitaux, a-t-il proposé, estimant que cela passe par la mise en place des institutions soutenant le crédit à long terme (banque d'investissements), le financement décentralisé pour les petites, moyennes et micro entreprises (secteur informel ou économie populaire) et par l'agriculture familiale. La croissance recherchée par le NEPAD ne peut être crédible et bénéfique que si elle est tournée vers les besoins fondamentaux des populations, a-t-il noté, ajoutant que le soutien financier (du NEPAD) ne peut pas non plus provenir de l'aide publique au développement, en baisse depuis plusieurs années. A la place de la recherche de la sécurité alimentaire, reposant sur la valorisation de la petite agriculture familiale, qui peut permettre de lutter contre la pauvreté et l'exode rural, le projet de développement favorise plutôt une agriculture entrepreneuriale et intensive qui est la conséquence de la disparition de la propriété foncière collective, la course aux rendements, le recours aux engrais chimiques et l'endettement, déplore l'économiste sénégalais. Tom Amadou Seck a publié, en 1997, La Banque mondiale et l'Afrique de l'Ouest. L'exemple du Sénégal (Editions Publisud, Paris). Au lieu de se consacrer à ses besoins vitaux, le NEPAD donne la priorité aux grandes infrastructures de prestige (interconnexion de routes régionales et continentales, grands réseaux de télécommunications, etc.) qui, en outre, renforcent la dépendance technologique et financière (difficultés d'entretien, d'exploitation...) vis-à-vis des entreprises multinationales des pays développés, poursuit-il. Cette politique ne favorise pas la promotion des petites et moyennes entreprises (PME) et surtout des micro entreprises du secteur informel qui constituent l'essentiel du tissu économique des pays africains et ont créé la grande majorité des emplois depuis vingt-cinq ans, a-t-il expliqué. Les objectifs du NEPAD risquent de demeurer hors de portée dans la mesure où l'organisation panafricaine ne rompt pas avec les prescriptions néolibérales des institutions de Breton Woods (Fonds monétaire international, Banque mondiale), de l'Organisation mondiale du commerce et de l'Union européenne, avertit Tom Amadou Seck. L'économiste note par ailleurs que la grande faiblesse théorique est de n'avoir pas effectué une critique pertinente des plans d'ajustement structurel (PAS) mis en œuvre à partir des années 1980, et de reprendre (...) les principes économiques appliqués depuis vingt ans : privatisations, intégration au marché mondial, suppression des protections douanières, libéralisation de tous les secteurs de l'économie. ESF/ADC