A la découverte de Katané, la réserve paradisiaque du Ferlo +++ Envoyé spécial: Boubacar Kanté +++

Agriculture

Dakar, 18 oct (APS) - Ranérou, dernier né des départements sénégalais, est spécifique par son tapis herbacé qui se maintient à longueur de l'année. Cette caractéristique qui fonde la vocation sylvo-pastorale de la localité se double de la surprenante présence, en ces lieux, d'une réserve: celle du Ferlo Nord. Quelle découverte inattendue que celle d'une oasis au milieu du désert! Pour y arriver, il faut passer par un relief accidenté, dépasser quelques hameaux d'éleveurs peuls. Savourer, à l'œil, l'exotisme et l'enthousiasme de l'accueil des populations, au bord des routes, à la suite des troupeaux. Des couleurs, des images suggestives d'un mode de vie fait d'instabilité, d'une migration continue qui n'a de sens que dans la satisfaction des caprices du bétail, en particulier la vache reine qui est, ici, le mode régulateur, plus que tout autre code social écrit ou tacite, de la vie humaine. Il faut désespérer de l'état de la route. Rire ou pleurer de la danse du ventre des voitures, obligées de faire d'ingénieux serpentins à travers des pistes aussi étroites que sinueuses, du fait principalement des flaques d'eau qui se maintiennent sous les ombrages des arbustes qui fondent la végétation de ce département. Il faut atteindre Ranérou, un bout du Sénégal en chantier, une ville naissante perdue dans le mystère d'un mode de vie simple mais chaleureux. Dépasser le nouveau département et poursuivre longtemps ensuite pour atteindre la réserve au bout d' un interminables zigzags. A travers la boue, par des raccourcis ingénieux, traces de pratiques tâtonnantes et quotidiennes de pistes qui se cherchent et de voies qui se retrouvent en s'interpénétrant, les unes dans les autres. Au bout de l'enfer (surtout pour les chauffeurs), voilà la paradis donc. Quelques cinq bâtiments, des tentes sous forme de camping font la réserve du Ferlo Nord, communément appelée réserve de Katané. D'une superficie de 517.000 ha, elle est dotée d'un forage destiné à abreuver les animaux et à approvisionner les mares artificielles pendant la saison sèche. Placée sous la surveillance d'un agent technique (chef de poste) et de deux gardes, la réserve dispose d'un conservateur, Commandant de poste, établi à Ranérou, avec le comptable des matières et le chauffeur. La faune ? Six oryx femelles, deux mâles adultes, six jeunes (deux nouveaux-nés), trois gazelles femelles, trois mâles, un nouveau-né peuplent la réserve. Les oryx, superbes avec leurs longues cornes qui donnent, de loin, l'illusion de tresses, sont la curiosité de la réserve. Elégants dans la blancheur de leur pelage agrémenté, au niveau du cou, d'une tâche rouge caractérisée, les oryx qui viennent d'Israël sont également l'exotisme de Katané. Les animaux disposent ici d'un enclos d'acclimatation cinq ha et d'un autre grand enclos (504 ha) dans lequel ils peuvent divaguer à souhait et s'abreuver, à l'occasion, dans les mares artificielles crées à l'intérieur de la réserve. Il n'est peut-être pas absolument nécessaire d'être spectateur amusé de la vie ordinaire de la faune de cette réserve, pour se convaincre d'avoir fait le bon choix de visiter Katané. L'exotisme, quelque peu dépassé des lieux, également, peut ne pas être suffisant comme motivation. Par contre, le regard intime, le face à face mystérieux avec un oryx surpris et étonné de la présence humaine vaut toutes les secousses endurées et les pistes sinueuses empruntées pour atteindre Katané. Là, gît sans doute tout le sens du dressage des animaux et la symbolique de ce qui fonde et départage l'humanité de l'animalité. BK/CTN