Abbé Diamacoune Senghor, une vie qui se confond avec le MFDC +++Par Ousmane Ibrahima Dia (APS)+++

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Dakar, 14 jan (APS) - Décédé samedi à Paris à l'hôpital militaire du Val de Grâce à l'âge de 79 ans, l'Abbé Augustin Diamacoune Senghor ne verra pas finalement fleurir le palmier de la paix en Casamance, comme il aimait le répéter dans cette phrase : la Casamance, comme son palmier, fleurira. Jusqu'à sa mort, le prélat aura symbolisé le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). Sans en être le père fondateur, il a été celui qui a donné au mouvement une nouvelle direction. Il en a administré la preuve en 2001, lorsqu' après avoir engagé des négociations avec l'Etat, il exclut du mouvement des éléments devenus, selon lui, des radicaux : Salif Sadio, Sidy Badji et Alexandre Djiba. Créé dans les années 50 par des responsables de la Casamance, le MFDC avait l'ambition à ses débuts de promouvoir les jeunes cadres de la région. L'abbé Augustin Diamacoune Senghor est né le 4 avril 1928 à Singhalène (Ziguinchor), un petit village situé près d'Oussouye. Son père, Mathieu Diamacoune était un des membres fondateurs et militants actifs du Bloc démocratique sénégalais (BDS) du président Senghor. Sa mère s'appelait Marta. Mais contrairement à son père, Diamacoune Senghor ne militera pas beaucoup dans sa jeunesse. Ordonné prêtre à 28 ans après avoir effectué des études primaires, secondaires et supérieures au Sénégal et dans l'ancien Soudan français (actuel Mali), l'abbé Augustin Diamacoune Senghor prend alors pour devise : prêtre pour l'éternité pour mettre dans le monde, la vérité, la justice et la paix en établissant dans les cœurs le règne de Dieu. Par la suite, il devient enseignant au Petit séminaire de Saint-Louis, puis au Collège Saint-Charles Lwanga de Ziguinchor. Il anime, dans le même temps des émissions religieuses et enfantines à la chaîne 4 de Radio Sénégal à Ziguinchor de 1967 à 1978. Son implication dans le combat pour l'indépendance de la Casamance remonte au début des années 80. En 1982, la branche armée du MFDC dénommée Atika (le combattant en langue Diola) voit le jour. Arrêté en décembre 1982 à Ziguinchor pour des activités subversives, il est condamné à cinq ans de prison ferme. Libéré le 23 décembre 1987, il reprend son combat pour l'indépendance de la Casamance. Arrêté de nouveau le 15 juin 1990, il est libéré moins d'un an plus tard, le 23 mai 1991. A la suite d'attaques répétées du MFDC, l'abbé Diamacoune retourne dans le maquis le 12 août 1992 et s'exile en Guinée Buissau. Dans sa volonté de mettre fin à la rébellion après sa réélection en 1993, le Président Abdou Diouf fait pression sur son homologue bissau-guinéen Jao Bernardo Vieira pour obtenir le rapatriement de l'abbé à Ziguinchor. Celui-ci se voit mis dans un avion le 9 mars 1993 et placé à la paroisse Saint-Benoît sous la protection de Mgr Augustin Sagna, évêque de Ziguinchor qui a toujours condamné toute revendication indépendantiste. Le retour de l' l'Abbé Diamacoune Augustin Senghor sera suivi de la signature d'un accord de cessez le feu entre l'Etat du Sénégal et la rébellion le 8 juillet 1993 à Ziguinchor, accord qui ne sera pas respecté. En 1995, le prélat décrète un nouveau cessez-le-feu en vue de l'ouverture de négociations qui n'auront pas finalement lieu. Pour essayer de limiter les divisions au sein du MFDC, Diamacoune crée en septembre 1997, un comité de pilotage provisoire (CPP) composé de 34 membres et dirigé par son frère Bertrand Diamacoune. Ce CPP organise, en 1999, les assises du MFDC à Banjul au cours desquelles l'abbé, reconduit à la tête du mouvement, réaffirme sa détermination à aller à la table des négociations. Le 22 janvier 1999, à Ziguinchor, le prélat échange ‘une poignée de main historique avec Président Diouf et s'engage à nouveau sur la voie des négociations avec le gouvernement. Le prélat manifestait une générosité à l'égard des populations en prenant en charge prés de 120 orphelins. Amateur de musique, l'abbé s'adonnait également à l'écriture. OID/AD