Les conséquences des caricatures du Prophète pouvaient être plus graves, selon Tariq Ramadan

Présidence de la République

Dakar, 30 août (APS) - Des réalités comme l'affaire dite des caricatures du Prophète de l'islam peuvent entraîner des conséquences plus graves que la guerre contre le terrorisme et les attentats du 11 septembre, a prédit Tariq Ramadan. A la différence des attentats du 11 septembre, qui ont été opérés par des personnes situées en marge de l'islam, les caricatures de Mohammed publiées dans certains médias occidentaux concernaient tous les musulmans du monde et dénotaient une vraie incompréhension entre la liberté d'expression occidentale et le sacré musulman, a dit Ramadan, philosophe et islamologue suisse d'origine égyptienne. A long terme, des réalités comme les caricatures peuvent avoir des conséquences plus graves que la guerre contre le terrorisme, que les attentats du 11 septembre, a dit Tariq ramadan, invité, mardi, de la rédaction de l'APS. Dans cette affaire, une double polarisation a, selon lui, opéré: les mouvements d'extrême droite ont énormément gagné en pourcentage parce que les populations ont commencé à se soulever et de l'autre côté, des Etats soi-disant musulmans ont utilisé cette polarisation pour se montrer comme les grands défenseurs de l'islam. Aux musulmans, a-t-il dit, le discours qui doit être tenu est ceci : sachez prendre une distance critique par rapport à cela. Vous êtes en face d'une civilisation qui se moque du religieux, qui en rit. Donc, vous, vous exprimez votre distance (.), une distance critique, mais ne tombez pas dans le piège. Ceux qui ont lancé les caricatures étaient des provocateurs qui voulaient la polarisation et, selon lui, il s'agit de comprendre comment fonctionne une civilisation, de ne pas tomber dans le piège de l'émotif. D'un autre côté, il faut signifier à l'Occident : ne vous moquez pas de nous, la liberté d'expression n'a jamais été absolue dans aucun pays du monde, a suggéré Tariq Ramadan, par ailleurs président du groupe de réflexion et d'action European Muslim Network. Même dans les choses que la loi n'interdit pas, il y a des choses qu'on ne fait pas. La loi n'interdisait pas de se moquer de la souffrance des juifs dans la 2-ème Guerre mondiale, mais la décence faisait qu'on ne le faisait pas. On ne se moque pas de la souffrance d'un peuple, a-t-il poursuivi. C'est légalement possible, mais c'est raisonnablement stupide. Et donc, il y a parfois des choses qui sont légales et stupides à la fois. C'est stupide et c'est stupidement légal. Le minimum du savoir-faire, du savoir-vivre et de la décence, c'est de ne pas blesser les sensibilités gratuitement. Je peux, moi, maintenant, blesser votre sensibilité, mais c'est un manque de savoir-vivre que de le faire même si ce n'est pas illégal, a-t-il souligné. Aux journaux iraniens qui avaient décidé de répliquer aux caricatures, Tariq Ramadan a confié qu'il leur avait dit: non, on ne répond pas au mal par le mal. Nous, on ne critiquera pas la souffrance d'un peuple, mais on dira à tous faites preuve de raisonnabilité, de distance critique, mais rappelez les principes du savoir-vivre. BK/CTN