Tariq Ramadan déplore l'analphabétisme religieux des musulmans

Présidence de la République

Dakar, 30 août (APS) - L'intellectuel musulman suisse Tariq Ramadan a déploré mardi l'analphabétisme religieux qui frappe une bonne partie des musulmans, appelant ces derniers à une réconciliation avec une connaissance de soi. Beaucoup (de musulmans) ne savent pas la grammaire, la sémantique, l'histoire du religieux, a noté M. Ramadan, estimant que la première chose qu'il faut exiger de soi, c'est de savoir ce qu'on est. Il faisait ce constat lors d'une conférence sur le thème : dialogue inter-religieux.et choc des civilisations : quel scénario pour le 21-ème siècle ? à l'UCAD II. Quand on n'est pas réconcilié avec soi, on n'est jamais en dialogue avec l'autre sauf dans la mise en scène, a-t-il encore dit, non sans souligner que la plus grande responsabilité des musulmans, c'est la réconciliation de soi basée sur la connaissance. Notant en guise d'exemple, qu'on (les musulmans) ne connaît la vie du prophète (PSL) qu'à travers des dates, il a précisé que la substance, c'est le sens, pas les faits. Cette connaissance est donc, a-t-il estimé, factuelle, pas spirituelle. Il a rappelé que la participation de la civilisation musulmane est partout présente dans la pensée occidentale, déplorant que nombre de musulmans l'ignorent. Il a rappelé, à ce propos, la contribution de beaucoup de savants musulmans tels que Ibn Khaldoun, Ghazali, le père de la perception du doute cartésien et de comment dépasser ce doute par la foi, Al-Farazi, Averoes (Ibn Rushd), à la pensée dite occidentale, déplorant une multiplication des ignorances. Nous avons une mémoire lacunaire de notre histoire, a-t-il encore dit. L'une des conséquences de cet état de fait est, selon lui, que le monde musulman n'a plus conscience de sa mission universelle. Pour sa part, l'Europe doit procéder à une relecture des son histoire, a-t-il poursuivi, estimant que sa réussite en dépend. La culture occidentale est ignorante d'elle-même, a encore affirmé Tariq Ramadan, pour qui, les penseurs occidentaux essayent de faire de la période allant de la pensée socratique à la pensée d'Aristote, une civilisation homogène, celle gréco-romaine. Aujourd'hui encore, les mêmes penseurs parlent de civilisation judéo-chrétienne, alors que, estime-t-il, la civilisation occidentale est judéo-chrétienne-islamique. La classification occidentale relève, à son avis, d'une mémoire sélective. Expliquant cette définition par le fait que certains veulent marginaliser les musulmans, il a appelé à briser cela. L'Afrique, considérée comme le continent oublié du monde économique, doit être le premier continent de la résistance culturelle à l'Occident, a-t-il par ailleurs, noté, ajoutant pour le déplorer : c'est l'Occident qui vous parle de vous-mêmes. ADI/AD