Quand les dérives sécuritaires paranoïaques masquent les vrais maux du monde +++ Du correspondant de l'APS : Macky Sall +++

Présidence de la République

Montréal, 15 août (APS) - Les tentatives d'attentat déjoués récemment à Londres, en Grande Bretagne, ont fini par installer une véritable psychose ambiante dans les aéroports du monde entier, des États-Unis au Royaume Uni en passant par le Canada. Dans les aéroports canadiens, il est désormais interdit de voyager à bord de la cabine pour tout vol en partance du Canada avec de l'eau, du jus, d'autres liquides ou gels. Les liquides ou les gels dans des contenants de toute taille comprennent : les boissons, les shampoings, les lotions solaires, les crèmes, les pâtes dentifrices, les gels capillaires et tout autre article de consistance similaire, selon un communiqué du ministère canadien des transports. Les voyageurs ont cependant eu à vivre à l'aéroport Pearson de Toronto cette nouvelle donne dans le calme. Cette frénésie sécuritaire qui entoure les autorités en charge de la lutte contre le terrorisme a décuplé depuis les attentats du World Trade Center dont le cinquième anniversaire sera commémoré dans moins d'un mois. Et pourtant, depuis ces malheureux évènements, les attentats se sont poursuivis un peu partout à travers le monde (Asie, Europe, Afrique) avec d'autres objectifs comme les trains, les métros, les voitures piégées, les kamikazes, etc. De par ces nouvelles mesures, seules les boissons distribuées lors des repas inclus dans le tarif du billet serviront au rafraîchissement des voyageurs quelque soit la durée du vol. Les nouveaux contrôles mis en place devraient ainsi rallonger davantage l'attente dans les aéroports et la présence quelques heures plus tôt avant le vol vers sa destination. Si aucune preuve évidente n'a encore été brandie officiellement par les autorités londoniennes pour édifier sur les preuves réelles de ces attentats, la psychose sécuritaire installée au niveau de l'opinion avec cette surmédiatisation de la terreur et de la violence, a fini par rendre cette mesure nécessaire pour les usagers. Au moment où le Premier ministre britannique, Tony Blair, poursuit sa croisière dans les Caraïbes. Au regard des statistiques sur les violences enregistrées depuis quelques années, deux chercheurs américains, Robert Gurr et Monty Marshall, soulignent cependant qu'elles ont baissé de 60 pour cent entre 1980 et 2004. Avec un tableau des continents où sévissent ces violences, ces chercheurs signalent que depuis 2001, cinq nouveaux conflits ont été enregistrés alors que 11 autres avaient pris fin au même moment. En 2005, 17 conflits majeurs, dont six en Afrique (leur nombre était de 11 en 1999), ont été dénombrés dans le monde, soit le plus bas niveau depuis 1989 avec 30 conflits répertoriés. La peur de l'autre développée sous la forme d'une psychose entretenue par les médias que le direct a fini de transformer en des donneurs de spectacle, a fortement contribué à cette nouvelle tendance, au moment où les pires périls que l'humanité ait jamais connu continuent de conquérir davantage de territoires sous l'œil indifférent de ces mêmes puissances financières et politiques. En effet, les chiffres alarmants publiés à l'ouverture du Sommet sur le Sida a Toronto, Passons aux actes, révèlent qu'en Afrique subsaharienne seulement, 13 millions d'enfants sont orphelins de cette maladie, soit plus que la population de moins de 18 ans de cinq pays développés (Canada, Danemark, Irlande, Norvège et Suède). Au même moment, des études montrent que les dépenses militaires mondiales ont atteint plus de 1000 milliards de dollars, soit une hausse de 34 pour cent en dix ans. Les Etats-Unis, avec 80 pour cent de cette hausse, occupent la haute marche du podium dans ces investissements militaires. Loin des dérives guerrières, la sécurité reste plus que jamais un fait plus complexe que ne peuvent seulement exhiber les médias au lendemain de supposées tentatives d'attentat. Plus globalement, la donne sécuritaire doit être prise avec ces périls multiples qui frappent les deux tiers de l'humanité, à travers des maux comme la faim, la maladie, la pauvreté économique, l'ignorance, la peur de l'autre... Aussi, les conflits classiques avec deux adversaires identifiables et repérables de par leurs positions ont-ils, depuis, fait place à des guerres diffuses avec des adversaires difficilement identifiables, rendant ainsi caduques, au risque de dégâts collatéraux énormes, les armes jusque-là utilisées par les puissances militaires. En même temps, l'obsession sécuritaire a également fini par créer une insécurité permanente et diffuse que contribuent à amplifier les grands médias dont les connexions avec les puissants groupes industriels, du bâtiment (faut penser à la reconstruction après la guerre) et de l'armement ont déjà été établies. MIS/BK