Les Sénégalais de Côte d'Ivoire se considèrent comme des privilégiés +++Envoyé spécial : Salif Diallo+++

Présidence de la République

Abidjan, 6 juil (APS) - Des ressortissants sénégalais vivant en Côte d'Ivoire ont déclaré à l'envoyé spécial de l'APS à Abidjan qu'ils se sentent privilégiés dans ce pays qu'ils considèrent comme leur seconde patrie. Pour vous dire la vérité, en dépit de la crise qui sévit dans ce pays depuis plus de quatre ans, il ne m'est jamais venu l'idée de le quitter pour le Sénégal parce que je me sens comme chez moi, indique la styliste Fatim Niang qui a son atelier installé dans le quartier de Cocody face au collège français Mermoz. Les Sénégalais, dit-elle, sont des privilégiés dans ce pays et s'il est vrai que certaines personnes ont eu maille à partir avec la police à cause des rafles et les problèmes de vérification d'identité. Mais dans l'ensemble, nous sommes des très bien traités. La jeune dame qui a fait toute sa scolarité en Côte d'Ivoire et travaillé comme secrétaire bilingue anglais-français dans une entreprise ivoirienne, avant de se lancer dans ses propres affaires. Ses propos sont confirmés par le pilote M.S., un ancien de la compagnie Air Afrique qui veut garder l'anonymat. Nous sommes des privilégiés dans ce pays par rapport aux autres nationalités, avoue le cadre de la compagnie panafricaine qui vit une belle retraite eu égard à son standing de vie dans une grande villa avec piscine. Dans sa villa cossue aux murs géants avec portail électrique du quartier résidentiel de Biétry, si l'ancien sportif qu'il est obligé de mettre ses pièces d'identité dans ses chaussettes en faisant son jogging quotidien, il avance que les Sénégalais ne sont pas maltraités. C'est pourquoi en dépit de la crise, vous n'avez pas vu de grandes vagues de Sénégalais ayant décidé de rentrer au pays parce qu'ils n'ont généralement pas de problèmes avec les Ivoiriens. Mor Faye, un commerçant installé dans le marché d'Adjamé ne dit pas le contraire même s'il souligne que plusieurs de mes amis commerçants avaient eu maille avec les policiers. Les policiers sans aucune raison venaient et embarquaient tout le monde. Une fois loin dans la brousse, ils demandaient de l'argent aux gens et si vous refusez, ils déchirent vos papiers devant vous sans aucune forme de procès, dit-il. Il explique que plusieurs amis sont obligés d'aller refaire plusieurs fois leurs papiers d'identification pour avoir refusé de payer. Mais dans l'ensemble, les Sénégalais vivent tranquillement dans ce pays parce qu'ils ne se mêlent pas de la politique ivoirienne qui concerne les populations autochtones, précise-t-il rappelant que les Ivoiriens ont salué le fait que nous ne leur avons pas laissé avec la crise. La majorité des gens sont restés en dépit de la crise. La situation est devenue très difficile, le commerce ne marche pas comme auparavant mais nous croyons en ce pays où certains d'entre nous vivent depuis plus de 20 ans, explique cet originaire du Saloum qui a travaillé comme tailleur avant d'ouvrir sa boutique où il vend du tout : radios-cassettes, matériel électrique (...). Quelques mètres plus loin, un de ses amis tailleurs qui a préféré parler sous le couvert de l'anonymat pense que les Ivoiriens, comme nous tous, souhaitons la fin de la crise. Fuir ce pays n'est pas la solution parce que dans un passé pas très lointain, nous avons vécu ici dans la joie avec des chiffres d'affaires mirobolants et c'est une forme de trahison que de laisser tout et partir, estime-t-il assis à la devanture de son atelier qui ne respire apparemment pas une ruée de la clientèle avec des machines à coudre en majorité à l'arrêt. L'ambassadeur du Sénégal en Côte d'Ivoire, Moustapha Sène confirme ses compatriotes qui sont reconnus comme étant de grands travailleurs. Ils ne s'occupent pas de ce qui ne les regarde pas et ils ont gagné la sympathie des Ivoiriens en acceptant de vivre la crise avec les populations locales. Mais nous avons essayé au niveau de l'ambassade de faire de fréquentes visites à nos compatriotes pour qu'ils sachent que les autorités ne les oublient pas mais aussi que les autochtones sachent que nous sommes au courant de tout ce qui pourrait arriver aux nôtres, a expliqué le diplomate sénégalais qui est arrivé en Côte d'Ivoire il y a trois années. La représentation diplomatique sénégalaise à Abidjan estime le nombre de Sénégalais vivant en Côte d'Ivoire à 150.000 personnes. SD/ADC