Un officier sénégalais, ancien des renseignements onusiens au Rwanda réhabilite un Interahamwe en prison

Présidence de la République

Dakar, 4 jul (APS) - Un officier de l'armée sénégalaise, ancien membre de la mission onusienne au Rwanda, est intervenu dans un magazine panafricain pour réhabiliter un Interahamwe qui a, selon lui, sauvé des vies lors du génocide rwandais, alors que dans un film et un livre il est décrit comme un méchant. L'homme en question, un ancien second vice-président des Interahamwe (la plus importante des milices créées en 1992 par les dignitaires du pouvoir Hutu au Rwanda), purge aujourd'hui une peine de prison à vie. En réalité, la crise ne s'est pas passée comme décrite dans le film et le livre. Et cela me perturbe, parce que je faisais partie des soldats de l'ONU qui étaient dans le convoi, écrit Amadou Dème qui a servi dans une équipe de renseignement de la mission des Nations Unies pour le Rwanda en 1994. Dans son numéro de juin 2006, le mensuel panafricain New African, publie cette mise au point de l'ancien élément de la mission de l'ONU au Rwanda, intitulée Settling the Record (Redresser le rapport). Un petit convoi de réfugiés arrivé à un barrage se retrouve devant une foule agitée, dans le film très apprécié, intitulé Hotel Rwanda, écrit M. Dème. Les troupes de l'ONU escortant le convoi, dirigées par un gros commandant blanc, brandissent leurs armes. Après quelques échauffourées, menaces et coups de feu, les réfugiés saints et saufs, font demi-tour vers l'Hôtel Rwanda, poursuit-il, résumant ainsi le scénario du film. En outre, fait-il remarquer, l'homme présenté comme le héro du film, Paul Rusesabagina a écrit un livre, L'homme ordinaire, dans lequel il raconte l'histoire à peu près de la même manière que dans le tournage. L'affaire s'est produite le 3 mai 1994, quand, en plein génocide, un convoi de personnes hostiles au gouvernement escorté par des soldats de l'ONU, quitte l'hôtel dans lequel elles étaient logées pour échapper aux tueries, raconte M. Dème. Le convoi est ensuite bloqué à un barrage routier par des hommes armés de fusils et de machettes. Le convoi a été sauvé grâce à un dialogue tendu mais patient avec les dirigeants de la barricade, se rappelle l'ancien officier sénégalais, pour qui, il n'y a aucun doute que beaucoup auraient pu mourir si un coup de feu se faisait entendre ou si quelqu'un disait un mot déplacé. Je me demande pourquoi l'histoire a été modifiée et la vérité cachée, a encore noté M. Dème. Une réponse qui lui vient à l'esprit est, selon lui, que l'homme qui a tenu tête à la foule et qui a fait le plus pour nous sauver la vie est un vieil ami de Rusesabagina. Du nom de Georges Rutaganda, il est, pourtant, présenté comme le vilain dans le film Hôtel Rwanda. En effet, Rusesabagina, comme il le reconnaît lui-même dans son livre, n'était pas dans le convoi, même si ses enfants et sont épouse étaient parmi les réfugiés. Rappelant que c'est lui-même qui a amené Rutanga à négocier avec les émeutiers, sachant qu'il gérait un négoce dans les parages et était le second vice-président des Interahamwe, M. Dème a ajouté : il m'a rejoint pour essayer de convaincre la foule en colère à nous laisser passer en paix. Rutanga risquait ainsi sa vie, face à une foule qui ne le connaissait ni ne l'aimait et qui le prenait comme un traître qui essayait d'aider leurs ennemis, explique-t-il, ajoutant qu'il s'est révélé un homme aimable, intelligent et d'un parler doux. Le fait d'établir le dialogue et d'écouter même des personnes armées en colère, est une des idées force qui structurent le film (Hôtel Rwanda), poursuit M. Dème. Paul devrait reconnaître que cet après-midi de Kigali, c'est son vieil ami Georges qui avait incarné ce talent, souligne-t-il encore. Et l'ancien membre des renseignements de l'ONU au Rwanda d'ajouter : parfois la vérité peut s'avérer gênante. Tandis que la femme de Paul et ses enfants étaient dans le convoi, Paul était derrière à l'hôtel Milles collines et Georges était celui qui, sans armes est parvenu à raisonner les esprits doux parmi la foule, ajoute-t-il. Peut-être qu'ensemble, ils l'avaient appris un tel comportement dans les écoles des Adventistes du Septième jour. Transformer la réalité parce qu'elle est personnellement ou politiquement gênante est mauvais pour notre conscience collective, souligne l'officier de l'armée sénégalaise, regrettant qu'aujourd'hui, Rutanga purge une peine de prison à vie, pour crimes contre l'humanité. J'oserais espérer que Paul me rejoindrait pour reconnaître que ce 3 mai , Georges Rutanga a risqué sa vie pour sauver des réfugiés, y compris l'épouse de Paul, à un barrage à Kigali, plaide encore l'officier sénégalais. Amadou Dème souligne d'autres inexactitudes relevées dans le film, telles que la présence d'officiers bengalais et d'un commandant blanc dans le convoi. Ce qui, selon lui, n'est pas conforme à la réalité, d'autant plus les soldats étaient Tunisiens et Ghanéens, sous commandement ghanéen. ADI/ADC