La crise ivoirienne vue par des chauffeurs de taxi abidjanais +++Envoyé spécial : Salif Diallo+++

Présidence de la République

Abidjan, 5 juil (APS) - La vie dans la capitale économique est devenue véritablement caillou surtout avec la crise ivoirienne, lancent en choeur Bamogo Alassane, Adjé Jean Maxime, Konan Maxime et Sérémé Ibrahim, chauffeurs de taxi à Abdjan, la capitale économique d'une Côte d'Ivoire en crise. Le burkinabé Bamogo Alassane qui vit à Abidjan depuis plus de 20 ans, cherche à s'acheter 80 tôles pour ne pas rentrer avec la honte dans son village natal situé à quelques bornes de Ouagadougou au Burkina Faso. Avant c'était bien. A la fin du mois, j'arrivais à garder plus de 50.000 francs mais pour ce mois je dois me débrouiller parce que c'est moi-même qui dois à mon patron 5.000 francs, schématise le Burkinabé qui avance difficilement sur le boulevard lagunaire pour rallier le quartier résidentiel de Biétry au centre des affaires du Plateau. Si je rentre sans argent, ce sera la honte. Il y aura forcément palabres entre mes parents, mon épouse notamment et les voisins qui viendront dire que j'ai passé autant de temps à Abidjan sans rien rapporter, dit-il dans le parler local appelé nouchi. Il reprend : vous voyez, là, quelques années plus tôt, tu n'es pas fou pour demander arrangement là (marchandage sur le prix du taxi) mais là, si vous refusez quelqu'un d'autre prend et vous n'aurez rien de la journée, avance-t-il rappelant que plusieurs personnes se sont rabattues sur les woro-woro (taxis clandos) qui font presque les mêmes trajets. Le lendemain matin, Adjé Jean-Maxime essaie de se frayer un passage dans l'avenue qui passe à côté du grand marché d'Adjamé la populeuse. La pluie qui s'est abattue sur la capitale ivoirienne rendait l'atmosphère difficile et Adjé Jean-Maxime ne décolère pas contre les étrangers qui ont rendu notre ville irrespirable. Ils n'ont pas l'habitude de vivre en ville, ils ont ramené ici leurs habitudes de broussards. Un vrai Ivoirien ne peut avoir ces genres de comportement, dit le chauffeur de taxi à la corpulence de lutteur. Il souligne que deux ans auparavant, je travaillais dans une entreprise qui a fermé ses portes à cause de la crise. Je suis titulaire d'un BTS de marketing mais je suis obligé de me reconvertir en taxi. Et là encore, les étrangers ont pris toutes les places et ils veulent que nous les laissions faire, dit-il avec la conviction de quelqu'un qui se présente comme un vrai Ivoirien. Ils veulent être plus Ivoiriens que nous et ils achètent les papiers pour faire leur propre gouvernement. Mais la Côte d'Ivoire ne peut pas tous les accueillir, ajoute-t-il. A la question de savoir qui sont ces étrangers, il refuse de préciser préférant avancer une maxime : vous ne pouvez pas manger piment par ma bouche. Une vision que ne semble pas partager Sérémé Ibrahim qui est origine d'un village situé pas loin de Korhogo (nord), où il n'est pas allé depuis plus de quatre ans à cause de la guerre. Il y a beaucoup de tracasseries et je préfère envoyer de l'argent là-bas puisque j'arrive à ramasser des jetons ici, dit-il expliquant son étonnement quand les autres lui demandent de quitter la Côte d'Ivoire. Nous sommes du nord de ce pays, nous avons les mêmes droits que tous les autres. Il se trouve que les gens du Sud ne sont pas des travailleurs comme nous, dit-il soulignant qu'ils se sont réveillés et nous ont trouvé avec de belles demeures et ils sont devenus jaloux. Sérémé Ibrahim ajoute : nous sommes prêts à tout s'ils veulent qu'on gâte le pays, nous sommes prêts et nous ne sommes pas comme eux qui sont tout le temps entrain de faire palabres ou aller boire dans les maquis. Ils ont mélangé le pays et s'ils refusent de délivrer les papiers aux Ivoiriens du nord parce qu'ils ont des noms comme les Burkinabés et les Maliens, le pays va être définitivement gâté. Le Baoulé Konan Maxime lui ne veut pas entendre parler des hommes politiques qui ont gâté la Côte d'Ivoire. Gbagbo, ADO (Alassane Dramane Ouattara), Bédié et tous les autres, c'est même chose, ils sont là pour bouffer. Ils n'ont qu'à bouffer mais il ne faut qu'ils créent des palabres inutiles, dit-il. Affaire de politique et de papiers là, c'est pas mon problème, ils doivent tous nous laisser travailler en paix. Vous avez vu maintenant, tout le monde est devenu taxi parce que papier pris à l'université ne sert à rien. Vous êtes étranger, vous verrez qu'Abidjan est composé que de musiciens et de taxis, poursuit Konan Maxime. Tout le monde chante et danse pour avoir à manger sinon tu risques de dormir sans rien dans le ventre. Ceux qui sont courageux, cherche un permis de conduire mais au bout de quelques temps, la plupart lâche parce que c'est très difficile de rouler toute une journée avec les policiers qui vous rackettent. Tous ces jeunes n'ont pas besoin des grands palabres là, ils veulent travail pour pouvoir s'en sortir parce qu'ici, il y a la place pour tous les gens qui veulent travailler, résume-t-il. SD/ADC