Le président Wade propose une voie concertée pour résoudre le problème migratoire

Présidence de la République

Paris, 21 juin (APS) - Le chef de l'Etat, maître Abdoulaye Wade, dans une contribution parue mercredi dans le quotidien Le Monde, a réaffirmé sa préférence pour l'émigration zéro avant de suggérer à la France une voie concertée axée notamment sur cinq points pour que Paris et Dakar s'engagent à trouver ensemble une solution au probléme de l'immigration. Déplorant d'emblée la première confusion qui l'oppose à Nicholas Sarkozy et qui procède du fait que quand il parle démigration, le ministre français de l'Intérieur comprend immigration+ , le président de la République a tenu à préciser qu'il n'a pas la prétention de dicter à M. Sarkozy ce qu'il doit décider, la France étant un pays indépendant et souverain. Il a également relevé pour le déplorer le fait que quand le Sénégal consacre 40 pour cent de son budget pour former des cadres ayant compétences et talents, dans l'optique d'aassurer son développement à long terme, le concept de l'immigration choisie arrive pour sélectionner les immigrés en ne choisissant que ceux qui ont des compétences ou des talents. Il s'agit là de deux logiques parallèles mais contradictoires, estime le chef de l'Etat non sans faire remarquer qu'au-delà de ces divergences, tout le monde sait que je suis contre l'émigration dans sa composante de désespérés qui, faute d'emplois et d'occupations rémunératrices, sont attirés par le mirage de l'eldorado du Nord. Cela devrait nous rapprocher, M. Sarkozy et moi. Mais il y a la manière. Partant de là, il propose un plan concerté dont le premier axe à trait aux sans-papiers qui, dit-il, sont des étrangers établis en France et qui entendent utiliser les possibilités offertes par la loi française et les règlements pour obtenir des titres de séjour. Parmi ces voies, on cite le séjour ininterrompu pendant dix ans, l'union avec une Française, etc. D'où, à mon avis, le fait que le problème des sans-papiers est d'ordre français. Le Sénégal n'est concerné qu'en cas de mauvais traitements de ses citoyens, a indiqué le chef de l'Etat. Pour le deuxiéme point relatif aux irréguliers en séjour clandestin sur le point d'être expulsés de France ou en reconduction à la frontière, il reconnaît qu'il s'agit de Sénégalais dont leur probléme relève du Sénégal. J'ai, souligne-t-il, dit au ministre (Ndlr: Sarkozy), répétant invariablement la même chose à tous les ministres passés Place Beauvau, que le Sénégal est prêt à venir les chercher avec un encadrement sénégalais policier ou civil, ou à les recevoir. Deux exigences de notre côté, une concertation préalable et le respect de la dignité de nos citoyens, qui ne sont pas des bandits mais des chercheurs d'emplois désespérés. Pour le troisiéme point qui concerne les Sénégalais partis à bord des pirogues, le président Abdoulaye Wade a dit sa préférence pour la voie de dissuasion, demandant à ce propos une aide pour surveiller les côtes sénégalaises avec des avions, des hélicoptères et des vedettes. De la même manière, il demande l'assistance de la France et des autres partenaires européens pour la construction de forgages et l'encadrement des jeunes sénégalais en vue de permettre la réussite du Programme retour vers l'agriculture (REVA). Des centaines de périmètres ont été identifiés sur tout le territoire national pour être mis en exploitation, pour des produits, notamment maraîchers, qui font l'objet d'une importante demande en Europe et aux Etats-Unis où nous pouvons bénéficier de l'AGOA (African Growth Opportunity Act) qui nous permet d'exporter sans droits de douanes et en quantités illimitées, dit-il. Une fois ces dispositions prises, le chef de l'Etat estime, en guise de cinquième axe, qu'un contrat sera alors signé pour l'immigration normale tout en empêchant que les cadres que nous avons formés soient capturés par l'économie européenne... ou alors qu'ils remboursent les frais d'études que nous avons avancés pour leur formation. Il est possible d'aboutir à un tel processus dans la mesure où l'Espagne, aprés avoir subi un choc d'une ampleur considérable et d'une soudaineté que la France n'a jamais connu, a engagé avec le Sénégal des négociations qui ont abouti à un accord, fait remarquer le chef de l'Etat selon qui il n'a pas été question pour Madrid de nous imposer une loi déjà votée (souverainement), mais (de) nous demander d'analyser ensemble le phénomène d'immigration et d'émigration clandestine qui est préjudiciable aux deux pays pour trouver, par la concertation, des solutions communes. L'Espagne, relève-t-il, n'a pas d'abord adopté une loi pour venir ensuite nous l'expliquer et nous demander de l'approuver, même si chaque pays est libre de procéder comme il veut avec tous les risques d'échecs lorsqu'il entend l'imposer aux autres alors que tout nous incite à nous comprendre. Il est vrai que la consultation préalable n'est pas une vertu bien française dans nos relations. L'indemnité de retour conçue unilatéralement par Paris est oubliée. Le codéveloppement, dernière trouvaille, a été cogité et rédigé par Paris. Résultat : échec et oubli. CTN