Un universitaire alerte sur la menace des usines de farine de poisson

Développement Durable

Thies, 8 juin (APS) - Ousmane Diankha, enseignant-chercheur en oceanographie a l'Universite Iba Der Thiam de Thies (UIDT), a alerte, mardi, sur la menace que representent les usines de farine de poisson pour les ecosystemes marins, parmi d'autres fleaux ecologiques qui planent sur les oceans.   "Les petits pelagiques assurent 73% des besoins en proteines animales de la population senegalaise, a dit M. Diankha, enseignant-chercheur en oceanographie, ecosystemes marins et cotiers a l'UIDT.   S'adressant a la presse en marge de la Journee des oceans, celebree pour la premiere fois par l'UIDT, M. Diankha a deplore le fait que ces poissons juveniles soient captures et vendus a des usines implantees sur place et transformes en farine de poisson, pour nourrir des especes dont la production ne nous suffit pas".    Cette farine est utilisee dans la nourriture de poissons eleves en aquaculture. "Je ne suis pas contre l'aquaculture, mais il faut qu'elle soit responsable, a-t-il precise.   Ces usines contribuent a appauvrir nos mers qui, a ce rythme, n'auront plus de poisson dans dix ans, a-t-il averti, sans donner de details sur les tonnages transformes par ces unites.   Il a releve le paradoxe de Kayar qui abrite en meme temps une aire marine protegee et une usine de farine de poisson.    Meme si elles [les usines] creent des emplois, ce ne sont pas des emplois durables, a-t-il dit, rappelant les quelque 600.000 personnes qui vivent de la peche. Un chiffre qui, pour lui, atteint en realite le million.   Se penchant sur le cas specifique du "thiof" (merou), une espece de poisson tres prisee dans la preparation du "thiebou dieune" (riz au poisson), un plat national au Senegal, il a rappele qu'il met des mois pour atteindre la taille de 45 cm, a partir de laquelle il commence a se reproduire.   Ne hermaphrodite, ce poisson subit une "inversion de sexe", des qu'il atteint cette longueur, les plus forts devenant des males et les plus faibles, des femelles, a explique le professeur d'oceanographie, qui avait travaille a l'aire marine protegee de Kayar.   '"Pourtant, dans nos assiettes, nous preferons le petit +thiof+", a-t-il deplore. Il indique que les hotels, "pour des raisons esthetiques", choisissent les specimens de taille intermediaire, qui "ne debordent pas du plat".  "Ce faisant, on est en train de piller cette espece-la, sans le savoir", a regrette M. Diankha, relevant que la surpeche est un autre mal qui frappe les mers.   L'autre menace potentielle pour les oceans, est le petrole que le pays s'apprete a exploiter. "Partout ou il y a du petrole, cela represente un danger pour la mer : Kayar, Sangomar, Saint-Louis, Casamance", a prevenu le specialiste.      Il releve que le pays n'a pas les moyens de faire face a une maree noire que meme les pays riches ont du mal a maitriser.    Une maree noire dans le delta du Sine-Saloum, par exemple, tuerait toute la mangrove, reservoir de biodiversite, et entrainerait des deplacements de populations vivant principalement de peche, et qui vont  s'appauvrir.   Les marees noires ne se limitent pas seulement a la mer, elles affectent les oiseaux, a-t-il poursuivi. Ce qui lui fait dire que le petrole est une menace pour la biodiversite et le secteur economique cotier.     Les micro-dechets plastiques ingeres par les poissons sont consommes par les poissons et s'introduisent dans la chaine alimentaire pour s'accumuler dans le corps humain, a-t-il alerte.    Sur plus de 300 millions de tonnes de plastiques par an, 8 a 12 millions finissent en mer, ont signale des etudiants dans leur presentation axee sur le theme "Oceans, vie et moyens de subsistance", avec comme sous-theme "Oceans : reservoir de biodiversite, producteur d'oxygene et regulateur climatique".   Selon eux, les cinq oceans et la dizaine de mers que compte le globe sont des reservoirs de biodiversite. Si 250.000 especes ont ete deja decouvertes, il n'en est pas de meme pour environ deux millions d'autres especes qui sont dans les profondeurs marines.   Premiers producteurs d'oxygene du globe, devant l'Amazonie, a hauteur de 50%, les oceans voient cette production reduite par la pollution qui tue les phytoplanctons, ces micro-organismes marins qui generent ce gaz vital.   En plus de la production d'oxygene, les oceans ont des fonctions de regulation du climat et d'attenuation des changements climatiques, a-t-il dit.   Ils ont recommande au public de s'informer sur le fonctionnement des oceans, de lutter contre la surpeche, de limiter l'utilisation des plastiques, d'eviter les produits cosmetiques contenant des microbilles, de participer au nettoyage des plages et de promouvoir le recyclage.    A l'intention des autorites, M. Diankha a souligne l'importance de soutenir la recherche-developpement.    L'enseignant-chercheur n'a pas manque de relever les efforts du gouvernement a travers le Code de la peche, interdisant la capture des juveniles et la creation d'aires marines protegees.   L'UIDT n'exclut pas de delocaliser a l'avenir cette journee dans d'autres localites, comme Kayar ou Mbour pour une sensibilisation de proximite.