Covid-19 : appel a un "New Deal" pour relancer l'economie africaine

Economie

Dakar, 7 juin (APS) - Une trentaine de dirigeants du monde ont plaide, dans une tribune, pour un "New Deal" (nouvelle donne) en faveur de l'Afrique afin de permettre au continent de surmonter la crise du Covid-19 qui a lourdement impacte son developpement economique et social.   Les presidents de la France, Emmanuel Macron, du Senegal, Macky Sall, du Rwanda, Paul Kagame, d'Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, de la Republique democratique du Congo, Felix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le president de la Cote d'Ivoire, Alassane Ouattara, le president de l'Egypte, Abdel Fattah Al-Sissi, figurent parmi les signataires de ce document relaye par le president seneglais via sa page LinkedIn.   Ce texte est cosigne egalement par les Premiers ministres du Portugal, Antonio Costa, de l'Espagne, Pedro Sanchez Perez-Castejon, de la Belgique, Alexander De Croo et par le president du Conseil europeen, Charles Michel et les princes heritiers d'Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman et de l'emirat d'Abou Dhabi, Mohammed Ben Zayed.   "La pandemie de Covid-19 nous a appris a ne plus prendre a la legere les crises qui eclatent loin de nous. Tout evenement, ou qu'il se produise, peut affecter l'ensemble de la population mondiale, ont fait observer ces dirigeants qui soulignent l'imperatif de de "s'attaquer aux repercussions et a l'heritage que la pandemie laisse en Afrique".   Pour ces chefs d 'Etat et de gouvernement, "si le choc sanitaire est a ce jour mieux maitrise en Afrique qu'ailleurs, il pourrait cependant y etre plus durable, profond et destabilisateur pour l'ensemble de la planete".    En un an, "la pandemie a interrompu une dynamique de croissance qui s'etait installee depuis vingt-cinq ans, desorganise des chaines de valeur et provoque une recrudescence sans precedent des inegalites et de la pauvrete", ont-ils deplore.   Selon eux, si l'on n'y prend pas garde, "ce n'est pas seulement le continent africain qui risque d'etre prive de l'acces a l'emergence, c'est le monde entier qui pourrait perdre un des futurs moteurs de la croissance mondiale".   "L'Afrique possede tous les atouts pour surmonter le choc de la pandemie et tirer avec elle le monde entier vers un nouveau cycle de croissance durable", avec, la jeunesse la plus entreprenante et la plus innovante au monde, des ressources naturelles qui peuvent alimenter une base industrielle locale, un projet d'integration continentale particulierement ambitieux", ont-ils soutenu.   Toutefois, ils sont d'avis que le continent africain "ne dispose pas des instruments pour se relever d'un choc aussi massif qu'imprevu", pointant du doigt les limites actuelles de la solidarite internationale et l'inexistence de production de vaccins anti-Covid sur place.   Limites de la solidarite   "Alors que le Fonds monetaire international (FMI) estime que les pays africains auront besoin de 285 milliards de dollars [environ 234 milliards d'euros] de financements additionnels d'ici a 2025, il n'existe ni plan de relance, ni mecanisme de creation monetaire en vigueur pour mobiliser de telles ressources", lit-on dans la Tribune publiee par le president Macky Sall.   Pour les signataires, au moment ou d'"autres regions entrevoient un relevement rapide de leurs economies", "l'Afrique quant a elle, ne lutte pas a armes egales face a la pandemie". Ainsi, elle, court "le risque" de faire face a une "crise economique et sociale" ne lui permettant pas d'"offrir a sa jeunesse les opportunites qu'elle est en droit d'attendre".   Selon eux, "la solidarite internationale a ete au rendez-vous et a porte ses fruits des le debut de la pandemie", a travers notamment "la suspension immediate du service de la dette par le G20 pour les pays les plus pauvres", et egalement, par des "aides financieres exceptionnelles mises en oeuvre par le FMI, la Banque mondiale et les autres bailleurs, y compris europeens".   "Mais les mecanismes sur lesquels nous avons fonde pendant plusieurs decennies cette solidarite trouvent aujourd'hui leurs limites. Ils sont fragilises a court terme par l'urgence vaccinale et le risque d'une inegalite massive dans l'acces au vaccin. Ils sont fragilises par le risque d'une grande divergence economique qu'aucun mecanisme d'urgence ne semble en mesure d'enrayer", ont-ils reconnu.   Forts de ce constat, ils sont ainsi d'avis que "le moment est venu de se projeter dans un cadre nouveau, dont l'ambition et l'audace doivent etre comparables a celles d'un +New Deal+".   "Le premier cas d'application de cette demarche est l'acces aux vaccins", ont-ils indique, soulignant que "grace aux mecanismes Covax et Avatt (...), des centaines de millions de doses seront livrees sans delai en Afrique dans les prochains mois. Mais ce n'est pas suffisant", selon eux.   Partenariats de production   Les signataires de cette tribune font egalement savoir que "la politique de vaccination est la plus importante politique economique en ce moment", avec des benefices qui se chiffrent en milliers de milliards de dollars, et un cout en milliards, soit, l'"investissement avec le plus haut rendement qui puisse etre fait a court terme".   "Nous devons donc mobiliser des instruments innovants pour renforcer le financement de l'initiative ACT-A, dispositif lance il y a un an pour aider les Etats pauvres, en manque de financements, afin notamment de permettre au continent africain d'atteindre le taux de couverture vaccinale defini par le Centre africain de controle et de prevention des maladies (CDC Afrique), entre 60 % et 70 % de la population", ont-ils preconise..    Dans cette perspective, ils ont demande a la FMI d'"expertiser l'utilisation des droits de tirage speciaux (DTS) pour financer ce plan de lutte contre la pandemie".   La Declaration de Rome du sommet mondial qui s'est tenu le 21 mai confirme que l'element determinant pour combattre les pandemies a venir consiste a transferer non seulement les licences, mais egalement le niveau d'expertise aux producteurs de vaccins des pays en developpement, ont-ils ajoute.   "Dans l'attente de la conclusion d'un accord sur la propriete intellectuelle en cours de negociation a l'Organisation mondiale du commerce (OMC), l'Afrique doit etre capable de produire des vaccins utilisant la technologie a ARN messager et de conclure un accord, au sein de l'OMC, sur les aspects des droits de propriete intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC)", ont-ils soutenu.   Selon eux, "grace a l'impulsion du sommet de Paris pour les dirigeants africains, europeens et financiers, qui s'est tenu le 18 mai, des partenariats de production de ce genre vont etre finances et vont prendre de l'ampleur dans les mois qui viennent".   Sante, education et changement climatique   "Le deuxieme volet de cette refondation est un investissement massif dans la sante, l'education et la lutte contre le changement climatique", ont fait valoir ces dirigeants du monde.   Il s'agit de "permettre a l'Afrique de sanctuariser ces depenses sans remettre en cause les depenses de securite et le financement des infrastructures, et sans retomber dans un nouveau cycle de surendettement".   "A court terme, malgre les brillants succes de certains pays africains dans leurs capacites d'emprunter, la ressource ne viendra pas seulement des marches financiers prives", font-ils observer, mettant l'accent sur la necessite de "provoquer un choc de confiance au profit du continent africain".   Le sommet de Paris a deja permis de "consolider un accord en vue d'une nouvelle emission de droits de tirage speciaux a hauteur de 650 milliards de dollars (32 mille 500 milliards de FCFA), dont 33 milliards (16 mille 500 milliards de FCFA) beneficieront aux pays africains", ont-ils salue.    "Nous souhaitons maintenant aller au-dela, par un double engagement volontaire (...), d'abord celui de mobiliser pour l'Afrique une partie des DTS des autres pays beneficiaires, ensuite, celui de permettre a des institutions africaines d'etre parties prenantes dans la maniere de mobiliser ces DTS et d'ouvrir ainsi la voie a une reponse panafricaine pour soutenir la reprise economique et les progres vers les ODD2030", ont plaide les signataires.   Cette reallocation, via les institutions financieres internationales, devrait permettre d'atteindre, comme premier pas, un premier seuil de 100 milliards de dollars au benefice du continent africain et d'autres pays vulnerables, tandis que l'innovation ouvrira la voie a une refonte de notre architecture financiere internationale, faisant davantage de place aux institutions africaines, ont-ils  explique.   Financer l'entrepreneuriat   Dans cette tribune, les signataires ont fait un plaidoyer fort au profit du financement de l'entrepreneuriat en Afrique considere comme "le principal levier pour donner un avenir aux femmes et a la jeunesse africaine du continent, mais, prisonnier d'une economie informelle et du sous-financement", appelant l'"ensemble des membres de la communaute internationale a rejoindre ce double engagement".   "C'est pourquoi, sur la base des engagements pris au sommet de Paris, il faut maintenant prioriser l'acces au financement de l'entrepreneuriat africain, en ciblant tout specifiquement les phases les plus cruciales comme celles de l'amorcage des projets", ont soutenu ces dirigeants du monde.   Ils ont par ailleurs rappele que le but du Sommet de Paris a consiste a parvenir a un accord sur quatre objectifs : l'acces universel aux vaccins contre le Covid-19, notamment par leur production en Afrique, le renforcement des institutions panafricaines et des postes au sein d'une nouvelle architecture financiere internationale, une relance des investissements publics et prives, et un soutien en faveur du financement a grande echelle du secteur prive africain.   "Notre tache dans les mois qui viennent, va consister a faire progresser ces objectifs dans les enceintes internationales, ainsi que dans le cadre du prochain mandat de six mois de la France a la presidence du Conseil de l'Union europeenne", ont-ils declare.