Un nouveau long metrage de Clarence Delgado, 29 ans apres son dernier film

Culture

Dakar, 18 mai (APS) - Le cineaste senegalais Clarence Thomas Delgado vient de boucler un nouveau long metrage presente par l'auteur comme "une metaphore a l'amour" et qui consacre son retour en force, vingt-neuf ans apres la sortie de son dernier film "Niiwam", adapte d'un roman de Sembene Ousmane. Intitule "Que le pere soit !", ce long metrage sera diffuse mercredi par la chaine cryptee francaise Canal+, ce qui va consacrer sa sortie officielle. La nouvelle production de Delgado se veut une ode a la famille et a l'amour, sous la forme d'un hymne a la femme et a l'enfant. Tout dans ce film tourne autour du couple Carvalho, avec le mari Fernand, elegant et comble, la quarantaine. Il est proprietaire d'une boutique d'articles pour nouveau-nes et enfants du premier age. Son epouse, Christine - interprete par Fatou Jupiter Toure, actrice principale de la serie televisee "C'est la vie" -, est une femme d'affaires epanouie et dont la reussite sociale est admiree.  Ils ont une petite fille de sept ans, denommee Tania, une enfant intelligente et tres attachee a ses parents mais aussi a sa grand-mere qui n'apprecie guere le couple forme par son fils. Une belle harmonie familiale, reve de tous, sera une premiere fois malmenee par l'arrivee d'un bebe abandonne dans la boutique de Fernand, un equilibre familial qui sera davantage bouleverse par la suite quand ce dernier apprendra qu'il n'est pas en realite le pere de sa Tania. Pour determiner la paternite de cet enfant abandonne et calmer les soupcons du policier enqueteur qui pensait qu'il en etait le pere, Fernand a du se resoudre a effectuer un test ADN dont les resultats vont reveler une verite dramatique : il n'est pas le pere de celle qu'il considerait jusque-la comme sa fille adoree.                  le droit de faire un enfant a son mari Dans "Que le pere soit !", un long metrage de 110 minutes, l'amour fait avec le mensonge, l'orgueil, la trahison et la foi, car Christine, pour donner la joie d'etre pere a Fernand declare "sterile", fait un enfant avec un "parfait inconnu" rencontre lors de ses voyages professionnels.  "Pourquoi une femme n'aurait-elle pas le droit de faire un enfant a son mari ?", dit-elle pour justifier son acte. La problematique de la paternite et de la maternite, tres ancree dans la societe senegalaise voire africaine, s'incruste de cette maniere ineluctablement dans la trame pour donner a ce film toute sa pertinence. Pour Fernand, bon chretien et cultive, qui s'active dans l'animation de sa paroisse depuis 17 ans, "comment imaginer un mariage qui a pour fondement le mensonge ?". "La vie m'a trahi et Dieu m'a abandonne", dit-il.  Ce qui ne l'empeche pas de toujours compter sur la foi pour trouver la lumiere et le bout du tunnel. Il s'en remet aux conseils de l'abbe Faye dont le personnage est incarne avec brio par le Burkinabe Gustave Sorgho, grand complice de feu Ousmane Sembene, le maitre de l'auteur. Le religieux invite Fernand "a l'endurance, a la tolerance et au pardon", remedes de Dieu aux hommes, "pour que rien ne nous soit insupportable". Le sentiment d'un abandon complet a la volonte de Dieu est symbolise par certaines scenes du film renvoyant a des images de la cathedrale de Dakar, a la statue de la Vierge Marie ou au Christ. Le film de Delgado vaut par la qualite de sa photographie, de son cadrage et de son eclairage, autant que par la participation d'acteurs evoluant pour la plupart dans les series televisees senegalaises.  Il y a ceux tres connus de la plupart des telespectateurs, comme Ibrahima Mbaye du Theatre national Daniel Sorano, qui a joue dans beaucoup de films africains. Des revenants sont de meme a l'affiche, tels Eloi Coly, le conservateur de la Maison des esclaves de Goree qui revient au cinema apres des apparitions dans les films de Sembene.                 Conversation sur la paternite Il y a aussi Ndiaye Cire Ba, dans le role de Lucie-Noura, amie de Christine, plus connue sous le nom de Djalika, une des principales actrices de la serie "Maitresse d'un homme marie". Les enfants representes par Tania, parmi lesquels Carla Moreira, dont c'est le premier role au cinema, font tous honneur a leur place dans ce film. Une scene emouvante plus que tout, temoigne d'une des meilleures reussites du film. Il s'agit de celle representant Tania et son pere, lances dans un dialogue interminable conversation sur la paternite, sur fond d'une musique melancolique par moments dont le musicien et chanteur Daniel Gomes de "Oreazul" est l'auteur. "Que le pere soit !" se nourrit par ailleurs de ses nombreuses scenes interieures pour mieux rendre l'intimite et le caractere restreint du cercle familial.  Clarence Thomas Delgado, assistant realisateur de plusieurs films de Sembene Ousmane et d'autres cineastes comme la realisatrice Apolline Traore du Burkina Faso, revient ainsi en force avec un film dedie a sa mere, "cette heroine au quotidien, cette battante". Le nouveau film qu'il sort, 29 ans apres son dernier, se veut une ode a toutes les femmes souvent accusees a tort quand l'enfant ne vient pas dans un couple.  Ce long metrage "est un hymne a l'enfant, a la femme et a l'homme. C'est une metaphore de l'amour d'une fille a ses parents et a sa grand-mere, l'amour de la femme pour son mari et de l'epoux pour sa femme", explique le realisateur. Dans le film, l'heroine "a fait un enfant en guise de cadeau a son mari. Dans notre societe, quand il n'y a pas d'enfant, c'est toujours la femme qui est indexee, c'est jamais l'homme. Sachant que son mari ne peut pas procreer, elle est partie par amour faire un enfant a son homme", ajoute-t-il. "Que le pere soit" a ete entierement realise au Senegal avec une equipe africaine, dont les deux premiers assistants, Soussaba Cisse, fille du celebre cineaste malien Souleymane Cisse, et Chimie Flaubert. Delgado dit avoir mis "beaucoup de temps" a faire ce film d'ores et deja inscrit pour le prochain Festival panafricain de cinema et de television de Ouagadougou (FESPACO) et qui met en exergue "la fausse fierte de l'homme".  "C'est un film qui me ressemble, discret a mon image avec beaucoup de retenue et qui a beaucoup de pudeur. Je n'ai jamais cherche la lumiere, la lumiere est peut-etre venu a moi", ajoute Delgado. Il a ete produit par "Jascom Production SARL", une boite dont Joseph Sega Waly Sagna est le directeur.    Le film a en outre beneficie du soutien du Fonds de promotion de l'industrie cinematographique et audiovisuel (FOPICA) a hauteur de 55 millions de francs CFA.   FKS/BK/OID