Lomé, zone de transit pour Sénégalais en difficulté +++De l'Envoyé Spécial de l'APS: Salif Diallo+++

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Lomé, 23 juin (APS) - Les yeux exorbités, le sourire facile qui creuse les fossettes, Malgassime Bâ ne paie de mine, enfoncé dans le fauteuil du Ahodkipé, le guest-house où sont installés les journalistes sénégalais venus couvrir le match Togo-Sénégal (20 juin). Malgassime Bâ est le type même de ces jeunes qui ne rêvent que de s'expatrier. Comment peut-il en être autrement pour un jeune qui avait pensé qu'il fallait quitter sa ville natale de Vélingara (dans la région de Kolda, sud-est) pour réussir sa vie. Après quelques mois d'une errance qui l'a fait passer par le Niger d'où il voulait transiter pour la Libye et ensuite l'Europe, il a été obligé de revoir (ses) ambitions au vu des difficultés de la vie quotidienne. Nous avons galéré au Niger, on ne trouvait pas de boulot encore moins à manger et notre petite économie de 200.000 francs avait fondu comme neige au soleil, explique-t-il, refusant de se départir de son sourire qui faisait ressortir davantage ses traits tirés. Et c'était tellement difficile que nous avons décidé, mon ami et moi (il désigne un garçon paraissant encore plus jeune qui dit s'appeler Oumar Guèye), de rentrer à la maison, confie cet ancien collégien dans un français impeccable. Comme cet ancien collégien, parti après avoir raté son brevet, ils sont nombreux, les jeunes Sénégalais en transit au Consulat général du Sénégal de Lomé, venus solliciter une assistance afin de pouvoir rentrer chez eux, explique le chargé d'affaires de l'ambassade, El Bachir Diack, venu donner un coup de main aux journalistes. Notre représentation est devenue un lieu de passage pour plusieurs compatriotes qui, après avoir échoué dans leur tentative d'expatriation - s'ils ne sont pas refoulés - veulent rentrer, a reconnu le diplomate qui a ajouté que ces jeunes ne s'empressent de poser le pied au Sénégal (que pour) repartir aussitôt. Si les diplomates sénégalais profitent parfois des tournées du chef de l'Etat pour faire évacuer certains émigrés en difficulté, M. Diack affirme qu'assez souvent, il faut prendre sur nous-mêmes pour rapatrier ces jeunes gens, parfois dans des situations extrêmement dures. Il a rappelé le cas de ce compatriote comateux qu'ils ont été obligés de traiter et de rapatrier à leurs propres frais. Malgassime Bâ et Oumar Guèye -- celui-ci est venu de son Fouta natal pour tenter l'aventure --, sont, de ce point de vue, logés à la même enseigne. Rentrer chez nous, ce sont les seuls mots qu'ils ont sur la bouche. Ils expliquent avoir été pris en charge (jusque-là) par l'association des ressortissants Hal pulaar. Le Consul général, Amadou Lamine Fall qui est en poste à Lomé depuis novembre 2001, souligne la difficulté de trouver les moyens pour acheminer les Sénégalais désirant retourner à la maison. Nous aurions voulu régler le problème de tous les compatriotes se présentant chez nous mais ce n'est pas toujours évident d'autant plus que ce genre de situation se présente de façon récurrente ici à Lomé, a-t-il déclaré. Mieux encore, en plus des refoulés en provenance des autres pays d'Afrique centrale (Gabon, Guinée Equatoriale) et en Libye, il y a des Sénégalais établis au Togo qui veulent rentrer. A cause des sanctions de l'Union européenne (UE), le Togo n'est plus la +Suisse de l'Afrique+, commente-t-il, rappelant que plusieurs de nos compatriotes éprouvent les pires difficultés pour joindre les deux bouts. Et les demandes d'aides au retour s'empilent sur la table du consulat, poursuit-il, même s'il s'empresse de préciser que plusieurs de nos compatriotes continuent à tirer leurs épingles du jeu. Evoluant dans les institutions internationales comme la CEDEAO, en particulier au niveau du secrétariat exécutif et à la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), certains d'entre eux gagnent leur pain dans le secteur du commerce, de la bijouterie mais aussi comme tailleurs et ils ont la côte au Togo. Nous ne déplorons aucun cas d'arrestation. Des autorités aux populations locales, tout le monde reconnaît l'ardeur à la tâche de nos compatriotes qui sont au nombre de 600, s'enthousiasme le diplomate. Les Sénégalais bien intégrés prennent, pour la plupart, épouse dans ce pays. Toutefois, ils n'en éprouvent pas moins des difficultés pour obtenir des cartes de séjour. Dans la mesure où ce document est indispensable pour ceux qui veulent poursuivre leur émigration en direction des Etats-Unis d'Amérique et de l'Europe (principalement l'Italie), on comprend aisément les sollicitations qui ne manquent pas au niveau de la représentation diplomatique du Sénégal à Lomé. SD/BK/ADC/POC/DD --- 12h 01mn/GMT