L'audit de la SODAV, chronologie d'une vieille revendication des artistes

Culture

Dakar, 15 oct (APS) - L'annonce d'une evaluation institutionnelle et financiere de la Societe senegalaise du droit d'auteur et des droits voisins (SODAV) sonne comme une reponse des pouvoirs publics a une vieille revendication des artistes et autres ayants droit. Les premieres impulsions de cette revendication avaient conduit a la revocation du premier directeur de la SODAV Bouna Manel Fall, ce dont ne se sont pas contentes les frondeurs qui ont mis en place un collectif dirige par le chanteur Mame Ngor Diazaka, le meme mouvement ayant entraine la mise sur pied, dernierement, du collectif "Say Wi" (Le fagot), preside par le chanteur Idrissa Diop.     Plus generalement, l'audit de la SODAV est une demande portee par les artistes, a travers notamment l'Association des acteurs de l'industrie musicale (AIM) presidee par le musicien Zeynoul Sow qui en a fait une de ses principales revendications des 2017.   A l'epoque l'AIM avait menace de saisir l'Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC) et le procureur de la Republique "pour la mauvaise gestion de cette structure".    La SODAV "etant une societe de droit purement prive, l'Etat n'a rien a voir" dans sa gestion, avait soutenu l'ancien secretaire general du ministere de la Culture et de la Communication Birane Niang, en reponse a ceux qui interpellaient les pouvoirs publics a ce sujet.   Les griefs des acteurs de l'industrie musicale portaient notamment sur le paiement des droits d'auteur, une poussee d'humeur qui a conduit a la revocation, en fevrier 2017, du directeur de la SODAV, Bouna Manel Fall, installe presque un an plutot, en octobre 2016, par un conseil d'administration preside par la realisatrice et productrice Angele Diabang.   Les contempteurs de Bouna Manel Fall evoquaient a l'appui de leur demande une "faute lourde de gestion commise en trois mois de pouvoir".     En 2019, la naissance du Collectif pour la defense des interets des artistes du Senegal (CODIAS), dirige par le chanteur Mame Ngor Diazaka, avait a nouveau sonne la revolte contre la Societe senegalaise du droit d'auteur et des droits voisins dont la gestion continuait d'etre decriee.   "La facon dont fonctionne la SODAV ne nous plait pas, car au temps du BSDA (Bureau senegalais du droit d'auteur), on nous payait trois fois par an et aujourd'hui, nous restons pendant des annees sans etre payes. Ce que nous denoncons, car c'est une mauvaise gestion", avait declare Mame Ngor Diazaka lors d'une conference de presse a Dakar en juin 2019.   Les deux parties seront ensuite amenees a accorder leurs violons, sous l'egide du ministre de la Culture et de la Communication Abdoulaye Diop, lequel avait attire l'attention du directeur-gerant Aly Bathily et de la presidente du conseil d'administration Ngone Ndour sur le mode de fonctionnement tres conteste de la SODAV.   "Si vous voulez avoir le respect de la corporation, il y a un ratio minimum qui doit etre retenu. Si vous me presentez cela en tant qu'artiste, je dis non. Car votre structure n'est pas la pour faire des investissements, mais pour mettre l'argent recolte a la disposition des artistes", avait souligne le ministre de tutelle.   Abdoulaye Diop considere que "la SODAV ne peut pas recevoir un milliard et donner la moitie et ensuite dire que le reste va dans les frais de gestion. Si vous avez percu 1 milliard 824 181 191 FCFA sur les deux ans et que vous redistribuez pres de 926 millions, cela revient a 50 % remis aux artistes. Ce qui n'est pas concevable", avait-il indique.   Dernierement, le flambeau de la contestation a ete repris par le Collectif  pour la defense des interets des artistes et professionnels de la culture denomme "Say Wi" (Le fagot), une structure presidee par le chanteur Idrissa Diop.    A l'image des premiers contestataires, Idrissa Diop et ses camarades, ont denonce, le 28 septembre dernier, lors d'une conference de presse, "le systeme de gestion de la SODAV qui ne prend pas en compte" les "preoccupations" des artistes.    "Nous n'avons aucun controle sur ce que fait la SODAV", a declare, lors de cette rencontre, Djibril Guisse selon qui les dirigeants de la societe en charge des droits d'auteur peuvent  bien "commettre des erreurs" sans consequence "parce que c'est eux seuls qui decident".    "Say Wi" a reclame la mise en place d'une commission de controle composee de l'Inspection generale d'Etat, de la Cour supreme, du ministere des Finances et du ministre de la Culture, comme prevu par la loi 2008 portant creation de la SODAV.   Une demande a laquelle le chef de l'Etat semble avoir accede en demandant au ministre de la Culture et de la Communication de proceder a "une evaluation institutionnelle et financiere de la SODAV et a la mise en place de la Commission permanente de controle  des societes de gestion collective".   Dans un communique signe de son president de conseil d'administration et de son directeur-gerant, la SODAV a reagi a cette annonce, se felicitant de cette instruction presidentielle.   "La SODAV se rejouit de la mise en place de cette commission de controle qu'elle n'a cesse de reclamer et qui est une exigence de l'article 124 de la loi 2008-09 sur le droit d'auteur et les droits voisins", peut-on lire.    Le communique precise toutefois que la mise en place d'une telle commission "n'incombe pas a la SODAV et son fonctionnement et organisation sont fixes par decret".