Moly Kane raconte le traumatisme de la nuit nuptiale d'une future mariee dans son film "Les tissus blancs"

Culture

Dakar, 8 oct (APS) - "Les tissus blancs", le dernier court metrage du realisateur senegalais Moly Kane en competition officielle au Festival international de film francophone (FIFF) de Namur (2-9 octobre) en Belgique, raconte le traumatisme d'une jeune future mariee qui tente a tout prix de retrouver sa virginite perdue.    La veille de son mariage, Zuzana Gaye, personnage interprete par Madjiguene Seck, parcourt les rues de Dakar, de sa banlieue natale a un hopital du centre-ville, en quete de solutions a son probleme : effacer son passe et devenir la femme qu'on attend d'elle, avec la complicite de sa mere, de sa soeur et de son ex-copain.    Tout a ete pourtant bien prepare avec cette capsule de sang cachee dans une boite au fond d'une armoire, mais c'etait sans compter avec sa niece qui a ruine ses plans.    Cette fiction dramatique de 20 minutes, se veut tres realiste et traduit l'angoisse vecue par de futures mariees hantees par la ceremonie nuptiale lors de laquelle la chastete de la femme est mise a rude epreuve.    Le realisateur Moly Kane compte denoncer par ce moyen "l'hypocrisie" qu'il y a autour de ce rite traditionnel pratique par plusieurs ethnies au Senegal, en Afrique et meme ailleurs dans le monde.    "Je denonce cette hypocrisie et cette facon de rabaisser, de deshonorer et de mettre une certaine pression sur des gens dans nos societes et surtout la femme. Si demain tu es voilee ou tu portes une mini-jupe, les gens te rabaissent pour ton habillement", denonce le cineaste dans un entretien avec l'APS.    La virginite de la femme "appartient a la femme et non a tout le monde. La femme a son intelligence, plus importante que son corps", estime le jeune realisateur senegalais.    Il dit qu'en se basant sur les recherches qu'il a effectuees, cette pratique existe dans certaines communautes au Senegal bien sur et ailleurs sur le continent africain, mais aussi en Amerique Latine ou encore chez les Gitans en Europe ainsi que les Berberes en Afrique du Nord.    Moly Kane denonce surtout "le mensonge" de certaines familles qui en toute discretion, cherchent a cacher la verite, meme s'il ne se fait pas prier pour magnifier tout un univers culturel autour de cette pratique, notamment les chants et danses "tres folkloriques et beaux a voir". Cela explique les plans larges sur ces chants et danses au debut et a la fin du film.    Il a dit s'etre inspire dans sa mise en scene du film "Deux jours, une nuit" des realisateurs belges Jean-Pierre et Luc Dardenne, ainsi que de "4 mois, 3 semaines, 2 jours" de Cristian Mungiu de la Roumanie.    "C'est dans la dramaturgie, dans leur maniere de filmer, d'aborder le sujet, dans l'artistique que je me suis inspire d'eux. Quant a la reference a Sembene Ousmane", c'est du point de vue africain, dans la maniere "de parler de nos cultures et coutumes qui sont souvent lourdes, explique le cineaste.    Le film est porte par des acteurs nouveaux comme d'autres confirmes a l'image du jeune Khadim Sene dans le role de Ousmane l'ex-copain de Zusanna, ou alors de Mentor Ba, personnage principal de la serie senegalaise "Golden".    Il y a aussi l'animatrice de la Tele Futurs medias (TFM, privee) Khady Ndiaye "Bijou" et la journaliste Oumy Ndour.     Apres son film "Muruna" (2015) sur le viol des enfants, "Goom Bi" (La plaie) sorti en 2018 et consacre a l'esclavage en Libye, Moly Kane revient avec "Les tissus blancs", tourne en debut 2020 et produit par "Babubu Film Production" (Senegal) et "Film Grand Huit" (France).   La 35eme edition du Festival international du film francophone de Namur, qui s'est adapte au contexte de la pandemie de COVID-19 en misant sur des projections sur le mode virtuel, va devoiler son palmares vendredi.    Le film "La nuit des rois" de l'Ivoirien Philippe Lacote est aussi en lice dans cette competition, pour le compte de la categorie long metrage.