Hugues Diaz : La plupart des series decriees ne disposent pas d'une autorisation de tournage

Culture

Dakar, 25 aout (APS) - La plupart des series senegalaises decriees pour leurs contenus juges attentatoires aux bonnes moeurs ne disposent pas d'une autorisation de tournage, quitus permettant un controle a priori de ces productions avant leur sortie, a declare le directeur de la cinematographie, Hugues Diaz.Toute serie televisuelle, tout film de fiction, documentaire, d'animation, et meme les clips quelquefois, doivent faire l'objet d'une autorisation de tournage qu'il faut venir chercher a la direction de la cinematographie du ministere de la Culture et de la Communication, a-t-il precise dans un entretien avec l'APS.M. Diaz a fait observer que malheureusement, la plupart des series televisees aujourd'hui incriminees, dont certains contenus sont juges attentatoires aux bonnes moeurs, n'ont pas fait une demande d'autorisation de tournage.La plupart n'ont pas d'autorisation de tournage, c'est confirme, on peut le verifier. Ce sont des series qui s'exposent, elles sont en violation des regles etablies, notamment la demande d'autorisation de tournage, soutient-il. Il y a une serie comme 'Infideles' dont les auteurs, des qu'ils ont ete attaques, nous ont contactes pour une autorisation de tournage pour la prochaine saison. On a lu le scenario, mais il y a certains passages [contenant] des propos tres oses, pour ne pas dire vulgaires, qu'il faut reprendre, a indique le directeur de la cinematographie. Parfois, explique M. Diaz, on voit des passages et on leur dit : 'Attention, cela porte a equivoque, il faut essayer d'ameliorer avant toute autorisation de tournage'.Pour lui, il faut maintenant sevir apres avoir trop informe, trop sensibilise, il faut passer a la phase du baton pour que les mauvais eleves soient punis.La direction de la cinematographie va dans cette optique travailler avec le ministere de l'Interieur, parce que chaque autorisation de tournage dont elle decide est egalement soumise a l'attention de l'autorite de ce departement ministeriel. Hugues Diaz annonce que ses services vont travailler d'arrache-pied pour traquer les series qui n'auront pas d'autorisation de tournage.Il faudrait, pour un Etat qui veut proteger ses populations contre des derives, qu'on soit un peu policier pour mettre un peu d'ordre dans les productions, a souligne M. Diaz.Il dit suivre de tres pres cette polemique legitime autour des series televisees senegalaises dont les dernieres sont pour la plupart tres prisees au-dela des frontieres du pays et d'Afrique.Mais s'il arrive que des oeuvres artistiques soient discutees et fassent l'objet de polemiques, les associations religieuses qui sont vent debout contre ces series, les associations musulmanes notamment, ne doivent pas prendre en otage la creation artistique, car elle ne sort pas ex nihilo (a partir de rien), il y a une ecriture, une realisation et un concept. Hugues Diaz fait valoir que le public senegalais se reconnait le plus souvent dans ces productions audiovisuelles parce que ce sont des faits sociaux tires des derives comportementales, des fractures sociales. Mais quelquefois l'ecriture et la technicite utilisees pour faire ces films appartiennent a de bons inities, des gens formes, qui peuvent tourner en derision les travers de la vie sociale, reconnait le directeur de la cinematographie.L'oeuvre artistique a toujours ete une oeuvre subversive, et elle evolue avec l'ere du temps, un constat qui doit amener les contempteurs de ces series a ne pas aller dans une intransigeance, un formalisme, voire un extremisme qui ne concede aucune liberte a celle de creer, qui est garantie par la Constitution, parce que faire de la culture, c'est faire oeuvre de creativite, plaide Hugues Diaz.Il releve plusieurs niveaux de responsabilite dans cette situation, concernant notamment l'autorisation de tournage, laquelle permet de controler pour voir s'il n'y a pas de quoi porter atteinte a la surete de l'Etat et aux bonnes moeurs par exemple, parce que l'Etat a pour role de proteger les populations contre certaines derives.Le deuxieme niveau de responsabilite est relatif aux visas d'exploitation que tous les films doivent avoir, selon le directeur de la cinematographie.Avant toute diffusion ou exploitation en public, un film doit avoir un visa d'exploitation delivre par la commission de controle et de classification des films. C'etait a l'epoque de la Societe senegalaise d'importation, de distribution et d'exploitation cinematographique, pour la projection dans les salles de cinema. Cela permettait de controler le contenu des films pour identifier ceux qui sont destines aux adultes, aux enfants ou aux adolescents, explique-t-il.Hugues Diaz prone un retour de cette commission, vu le nombre important des nouvelles productions audiovisuelles. Ce n'est pas une censure qui ne dit son nom, c'est pour permettre d'orienter les eventuelles cibles ou les telespectateurs qui devraient suivre un film, precise-t-il. Selon lui, l'Etat a mis des garde-fous pour proteger l'ensemble des populations, mais avec l'evolution des choses dans ce monde interconnecte, si on interdit la diffusion de films a la television, le public va, selon lui, se rabattre sur les plateformes de diffusion.  Pour Hugues Diaz, il faut se rejouir aujourd'hui de l'avancee des series senegalaises qui ont bouscule des series beaucoup plus pernicieuses venant de l'etranger. C'est un travail de longue haleine. Il faut que la culture participe a l'education de nos populations et a la conscientisation sur les derives de nos societes.