Des rapports politiques excellents et une coopération économique, commerciale et financière à dynamiser +++Par Ibrahima Niane (APS)+++

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Dakar, 24 juin (APS) - Lorsqu'on se penche sur la coopération entre le Maroc et le Sénégal, on se rend compte que les deux pays ont encore du chemin à faire pour hisser leur coopération économique, commerciale et financière au niveau de leurs rapports politiques, jugés excellents par les observateurs. En effet, au plan politique, on note une parfaite convergence de vue entre les deux pays à propos des situations conflictuelles sévissant dans certaines régions du continent africain et dans le monde. Ainsi, Dakar ne cesse de réaffirmer son attachement ferme et actif à l'intégrité territoriale du Maroc. Le Sénégal a toujours appuyé la solution politique de la question du Sahara sur la base de l'accord-cadre proposé par l envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations unies, James Baker (récemment démissionnaire) et entériné par le Conseil de Sécurité. A sujet du Moyen Orient, les deux parties ont toujours vivement condamné la violence meurtrière qui déferle chaque jour sur les populations civiles palestiniennes sans défense. On signale, à cet égard, que le Maroc préside le Comité Al Qods Asharif et le Sénégal celui des Nations unies pour l'exercice des droits inaliénables du peuple palestinien. Dakar et Rabat soutiennent, tous les deux, l'initiative de l'Arabie Saoudite prônant le retrait des territoires arabes occupés, dont Al Qods Asharif et ce, conformément aux résolutions pertinentes des Nations unies, en contrepartie d'une normalisation des relations des pays arabes avec l'Etat d'Israël. Ils appellent aussi les parties concernées à accueillir favorablement cette initiative apte à permettre une solution juste et durable du conflit du Moyen Orient, note un document, publié à l'issue de la 12ème session de la Grande commission mixte maroco-sénégalaise, tenue à Dakar du 28 février au 1er mars 2002. Pour Rabat et Dakar, tout règlement du conflit israélo-arabe ne peut se concevoir sans le retrait total d'Israël de tous les territoires arabes occupés en Syrie et au Liban. Les deux Etats ont, par ailleurs, des points de vue convergents sur l'Irak, la lutte contre le terrorisme, la plupart des conflits qui sévissent en Afrique, etc. Cependant, en dépit de la volonté exprimée des deux côtés d'intensifier les relations de coopération économique, déjà exemplaires dans tous les domaines, pour les hisser au niveau de l'excellence des rapports politiques, force est de constater que le niveau des échanges commerciaux est faible, eu égard aux potentiels existants. Mais Dakar et Rabat déploient des efforts pour mener des actions susceptibles de rehausser ces échanges. Parmi ces actions figure notamment l'appui du Sénégal à la signature de l'accord commercial et d'investissement entre le Maroc et l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Cet accord, rappelle-t-on, a été paraphé le 29 janvier 2001. L'entrée en vigueur du Tarif extérieur commun (TEC) de l'UEMOA a rendu inapplicable l'accord commercial maroco-sénégalais du 13 février 1963 et son protocole additionnel du 26 mars 1998. Entre aussi dans ce cadre, l'initiative marocaine relative à l'exonération du droit d'importation des produits de base originaires et en provenance de certains pays africains au bénéfice du Sénégal. Des actions promotionnelles intensives sont aussi notées entre les deux parties depuis plusieurs années. Elles visent à identifier les opportunités de partenariat possible dans l'agro-alimentaire, la bonneterie et l'habillement, les produits métalliques, les produits chimiques et dans de nouveaux domaines tels que les Nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), les BTP, l'assainissement, etc. En matière de commerce, une coopération étroite lie le Centre marocain de promotion des exportations (CMPE) et le Centre international de commerce extérieur du Sénégal (CICES), à travers l'échange d'informations sur les deux économies, l'assistance dans la participation aux expositions et l'organisation des missions d'hommes d'affaires. Toujours dans le cadre des efforts visant à renforcer la coopération économique, un Conseil des hommes d'affaires mixte maroco-sénégalais a été institué en mars 2002, suite à un accord signé entre la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et le Conseil national du patronat du Sénégal (CNP). Les efforts ne se limitent pas seulement aux secteurs précités. Ils touchent aussi le domaine financier où existent des projets de création de banques dont celui destiné à la mise sur pied d'une banque mixte sénégalo-marocaine pour impulser la collaboration économique entre les deux pays. Les objectifs assignés à cette banque sont la facilitation des transferts de fonds, un bon support à l'ensemble des opérations commerciales projetées, un support des investissements, une fluidité éventuelle des fonds pour opérateurs économiques sénégalais ou marocains se déplaçant dans un espace ciblé. Mais pour mieux atteindre ces objectifs, deux projets sont lancés ou sont en voie de l'être. Il s'agit de la création d'une banque dénommée SENBANK, projet initié conjointement par la banque marocaine WAFABANK et le groupe sénégalais Keur Khadim et de l'initiative de la Banque marocaine du commerce extérieur (BMCE) de parrainer le projet de création d'une banque d'affaires communes. Le protocole de création de SENBANK, rappelle-t-on, avait nécessité deux principales étapes : étude approfondie du marché sénégalais et de l'espace UEMOA et étude de faisabilité plus complète prenant en compte les aspects financiers et organisationnels. Les résultats de ces études ont démontré la viabilité de cette banque, signale-t-on. Pour ce qui est du projet de la BMCE, il envisage la création d'une banque d'affaires qui viendrait compléter les activités prises en charge par la SENBANK après avoir subventionné la construction et le démarrage d'une école au Sénégal. En matière de transport, la coopération entre Rabat et Dakar est notamment illustrée par la réussite qu'a connue la compagnie Air Sénégal International. Des discussions et des projets existent aussi liant les deux pays en matière de transports ferroviaires et maritimes, alors que dans le secteur routier, ils ont signé un accord-cadre de coopération technique portant sur l'équipement et un accord spécifique de coopération dans le secteur routier et autoroutier. Ces accords permettent d'accélérer les programmes d'actions déjà engagées et de renforcer davantage les partenariats entre les ingénieries marocaine et sénégalaise, tout en favorisant la participation conjointe des professionnels de ces secteurs dans les deux pays. Dans le domaine des infrastructures routières, les deux pays attachent une importance capitale à la réalisation de la route transcontinentale Europe-Afrique reliant Tanger à Lagos par Nouakchott et Dakar. Des axes de coopération existent aussi dans le domaine des échanges en matière d'agriculture, d'élevage, des eaux et forets et d'environnement. Ces axes concernent essentiellement le développement de l'irrigation et des aménagements hydro-agricoles, la production végétale (horticulture), la production laitière et l'élevage équin, l'échange de produits agricoles, la formation, etc. Sur le plan industriel, un mémorandum d'entente sur la coopération industrielle, signé le 13 septembre 2001, lie les deux pays. Des actions sont aussi entreprises dans ce cadre (mission marocaine pour s'informer sur la mise en place du réseau national d'informations industrielles au Sénégal et mission sénégalaise pour s'enquérir de l'expérience marocaine en matière de zones industrielles). Des propositions de coopération dans le domaine des mines on été faites par le Sénégal et touchent l'exploitation des phosphates de Matam pour la production d'acides phosphoriques et sulfuriques, d'engrais granulés, l'exploitation de pierres ornementales comme les marbres de Kédougou mais aussi les serpentines (pierre verte) de Bakel, l'exploitation des gisements de fer du Sénégal oriental par la mise en place de sidérurgie pour la production de gueuse, l'exploitation de l'or du Sénégal oriental, etc. En matière d'énergie, seul l'accord entre l'Agence sénégalaise d'électrification rurale (ASER) et le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER) lie les deux pays. IN/CTN/POC/DD --- 11h 51mn/GMT