Retour sur l'inoubliable visite du Roi Hassan II en 1964 +++Par Aboubacar Demba Cissokho (APS)+++

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Dakar, 24 juin (APS) - Le roi du Maroc, Mohamed VI, effectue, à partir de vendredi -- son arrivée est prévue à 16 heures --, sa deuxième visite officielle au Sénégal, plus de 40 ans après le seul séjour officiel de son père, Hassan II, en terre sénégalaise, les 24, 25, 26 et 27 mars 1964. Cette visite de Hassan II (1929-1999), installé trois ans plus tôt sur le trône du royaume chérifien en remplacement de son père Mohamed V, est restée dans l'histoire comme celle au cours de laquelle fut inaugurée la Grande mosquée de Dakar dont le souverain a grandement contribué à l'édification. Accueil délirant !, s'exclame le quotidien Dakar-Matin. Le Sénégal vous accueille avec son cœur. Nous ne gâchons pas notre joie car le Maroc est, parmi les Etats africains, l'un des plus profondément enracinés dans la Terre africaine, déclare le président Léopold Sédar Senghor, lors de la cérémonie d'accueil organisée au Mole II du port. Après avoir évoqué les liens anciens et nombreux, culturels et religieux, qui unissent les deux pays, le président-poète avait souligné que Hassan II a décidé avec courage et lucidité, de faire du royaume du Maroc un Etat moderne, ouvert à la coopération en vue de l'unité africaine. Emu et touché par l'accueil, Hassan II répond : si j'ai un regret à exprimer, c'est de ne pas être venu plus tôt. Toute cette joie, tous ces visages riants, toutes ces marques de sympathie me confirment, qu'il n'y a de salut pour cette Afrique que dans l'unité. Le souverain exprime sa joie d'être en ce moment aux côtés d'un chef d'Etat -- Senghor - lucide, sage, pondéré et, surtout, tolérant et de se trouver sur une terre amie depuis bien des siècles... S'ensuit la première cérémonie officielle du séjour royal à Dakar, un recueillement devant le monument aux morts de la Place de l'Indépendance. Le 25 mars, les deux chefs d'Etat ont ensuite eu des entretiens politiques dans la matinée et, dans l'après-midi, le roi Hassan II est fait docteur Honoris Causa de l'Université de Dakar. La cérémonie qui s'est déroulée dans le grand amphithéâtre de la Faculté de Médecine a réuni des membres du gouvernement, de l'Université, du corps diplomatique et de hautes personnalités politiques, civiles et militaires ainsi que de nombreux étudiants. Léopold Sédar Senghor place la manifestation sous le signe de la culture. Tout homme politique est un enseignant, un professeur, dit le président Senghor tandis que le roi Hasan II exprime sa joie de se replonger dans les émotions de la jeunesse et de la vie estudiantine. Il donne ensuite une définition de la culture qui, pour lui, est humilité de l'homme en face de ce qu'il sait, ambition en face de ce qu'il voudrait savoir. Le soir du 25 mars, le ministre d'Etat, ministre des Affaires étrangères, Doudou Thiam, offre un dîner en l'honneur du roi à la Résidence de Médina (actuelle Maison de la Culture Douta Seck). Au troisième jour de son séjour dakarois, Hassan II est reçu à l'Assemblée nationale. Le président de l'institution, Me Lamine Guèye donne le sens de la visite du souverain chérifien. Le souverain du royaume du Maroc ne peut être accueilli ici que dans un climat de cordiale et déférente sympathie, car les liens qui unissent nos deux Etats sont d'une ancienneté difficile à situer dans le temps, souligne le président Lamine Guèye. Il n'est que de se promener dans n'importe quelle ville du Sénégal pour y rencontrer des sujets de votre majesté, établis chez nous depuis plusieurs générations et dont beaucoup même y sont nés, poursuit-il, ajoutant : Benani, Ben Geloun, Chaoui, Diouri, Guenoun, Lahlo, Ben Massaoud, sont des noms qui sont aussi familiers que Diop, Fall ou Ndiaye. Il est encore dans nos usages de dire : thé marocain, couscous marocain pour désigner ces denrées que l'on consomme dans tout le Maghreb ; les babouches en provenance de la même région, nous continuons à les appeler: chaussures Marrakech, insiste le premier président de l'Assemblée nationale du Sénégal. Dans sa réponse, Hassan II appelle au rassemblement et à l'unité, soulignant que le salut n'est que dans l'unité des cœurs et de la tolérance des régimes voisins. Nous avons peu de temps devant nous pour faire l'Afrique, et encore moins pour la défaire. Dépêchons-nous donc de la faire, affirme le roi. Le souhait de ma vie est que votre expérience et la nôtre ne doivent pas échouer, car s'il y avait échec, l'Afrique toute entière y perdrait, lance Hassan II. Le clou de la visite officielle du roi du Maroc au Sénégal sera toutefois l'inauguration de la Grande mosquée de Dakar annoncée par le quotidien Dakar-Matin comme l'apothéose du séjour de Hasan II. Inspirés de l'architecture traditionnelle maghrébine et s'apparentant au style Almohade, les bâtiments de la mosquée s'inscrivent dans un quadrilatère de 130 mètres de long et 80 mètres de large. La cérémonie d'inauguration se déroule le vendredi 27 mars dans le cadre grandiose de cet édifice prestigieux, symbole de l'amitié sénégalo-marocaine et de l'unité spirituelle de l'Islam, rapporte Dakar-Matin qui ajoute: une foule immense canalisée par un service d'ordre impeccable a assisté, de près ou de loin, à la manifestation clôturée par la grande prière de vendredi, dirigée par Abdoul Aziz Sy, khalife général des Tidianes, en présence du roi du Maroc. Serigne Abdoul Aziz Sy parle, dans son allocution, de l'unité spirituelle de l'Islam et rend hommage aux deux chefs d'Etat, Hassan II et Léopold Sédar Senghor. Le chef religieux insiste sur l'esprit qui avait animé ouvriers sénégalais et marocains dans la réalisation de cette œuvre de foi. Le président Senghor évoque l'unité entre les religions révélées, insistant sur le fait que cette inauguration en ce vendredi doublement saint permet aux deux communautés de prier en union de pensée. Il rappelle l'aide matérielle du Maroc à la construction de la mosquée. Sans l'assistance technique du Maroc, et singulièrement des artisans et ouvriers marocains, dit-il, cette mosquée ne serait pas ce qu'elle est ; c'est-à-dire une des plus belles d'Afrique. Le roi du Maroc a lu les versets 84 et 85 de la Sourate du Repentir du Saint Coran pour répondre au président Senghor et donner en même temps la signification de la manifestation. Cette Sourate, a dit le souverain, est une preuve de l'unité des musulmans et des chrétiens au sein d'une même famille, celle des Croyants. Il parle de la Zakkat -- aumône -- et de la nécessité d s'y conformer pour permettre l'entretien de la maison de Dieu, avant de mettre en garde les fidèles contre tout relâchement dans leur devoir d'éducation des générations futures. Elevez vos enfants dans la crainte de Dieu. Par la suite, ils l'aimeront et le respecteront. Elevez-les dans l'amour universel, recommande Hassan II, Emir de Croyants, estimant que c'est à ce prix que cette mosquée, et toutes les mosquées, dureront dans le Royaume de Dieu. Senghor et Hassan II enlèvent ensuite la plaque commémorative voilée par les deux drapeaux. Puis, retentit l'appel du muezzin pour la grande prière dirigée par Serigne Abdoul Aziz Sy. La visite de Hassan II s'achève le 27 mars à 20 heures et les deux chefs d'Etat, dans un communiqué conjoint, décident de renforcer l'amitié traditionnelle et séculaire qui existe entre les deux pays par l'intensification de leur coopération dans les domaines économique, culturel et social. ADC/CTN/POC/DD --- 13h 39mn/GMT