RSF craint une ‘’pluralité de menaces sur l’avenir du journalisme africain’’

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Dakar, 21 avr (APS) – Reporters sans frontières (RSF) dit craindre une ‘’pluralité de menaces sur l’avenir du journalisme’’ en Afrique, même si la chute de certains régimes dictatoriaux ‘’a permis de desserrer un peu l’étau sur les journalistes’’ du continent.   ‘’Pluralité de menaces sur l’avenir du journalisme africain’’ est le titre d’un texte paru dans le classement 2020 de RSF sur la liberté de la presse dans le monde.   ‘’En 2020, 21 pays africains sur 48 apparaissent encore en rouge ou noir sur la carte du classement mondial de la liberté de la presse. La situation de celles et ceux qui tentent de produire des informations est difficile, voire critique’’, constate l’organisation de défense de la liberté de la presse et de protection des sources des journalistes.   Le constat actuel et les perspectives qui se dessinent font croire à RSF que ‘’la décennie à venir sera décisive pour l’avenir du journalisme sur le continent’’.    Déjà, ‘’la liberté de la presse reste très fragile en Afrique subsaharienne’’, où ‘’la chute de nombreux dictateurs et régimes autoritaires durant ces dernières années (…) a permis de desserrer un peu l’étau sur les journalistes dans ces pays’’.   Ce constat est valable pour l’Angola, qui avance de trois places dans le classement mondial 2020 de RSF en prenant la 106e place. L’Éthiopie est 99e (+11), la Gambie 87e (+5), la République démocratique du Congo 150e (+4), le Soudan 159e (+16), et le Zimbabwe 126e (+1), des avancées dues au départ du pouvoir de régimes connus pour leur hostilité envers les journalistes, selon Reporters sans frontières.   L’organisation constate que ‘’les changements profonds (…) à même de favoriser l’essor d’un journalisme de qualité, libre et indépendant sont encore trop rares’’ en Afrique.  ‘’Pire, ajoute RSF, certains pays comme la Tanzanie ou le Bénin connaissent des reculs très importants.’’  La Tanzanie est 124e, avec un recul de six places, et le Bénin 113e, ce qui lui fait perdre 17 places, par rapport à son rang dans le classement 2019.   ‘’Grande impunité’’ ‘’Arrestations et détentions arbitraires de longue durée sont en recrudescence sur le continent’’, en Tanzanie ou au Bénin par exemple, des pays où ‘’de nouvelles lois répressives (…) peuvent être utilisées pour restreindre abusivement la liberté d’information’’. Et ‘’au nom de la lutte contre la désinformation ou de la cybercriminalité’’.   ‘’Le métier [de journaliste] continue à tuer en Afrique, le plus souvent dans la plus grande impunité’’, affirme RSF, ajoutant que ‘’102 journalistes ont été tués ou assassinés sur le continent au cours des dix dernières années, dont la moitié en Somalie (163e)’’.    ‘’Ce pays reste le plus dangereux pour les reporters, malgré des progrès notables pour sanctionner policiers et militaires qui commettent des exactions contre les professionnels de l’information. En RDC, un journaliste a été tué dans l’est du pays, l’année dernière, et plusieurs de ses confrères ont dû prendre la fuite par crainte de subir le même sort’’, rapporte Reporters sans frontières.    Concernant l'Afrique de l’Ouest, le nom du Ghana - 30e au classement mondial, avec un gain de trois places - est mentionné dans le document parce que l’enquête sur l'assassinat du journaliste d’investigation Ahmed Hussein-Suale, en janvier 2019, n’a pas permis d’identifier les coupables.    Au Nigeria, le 115e pays du classement, avec un avancement de 5 places, les responsables de la mort de deux journalistes abattus à six mois d’intervalle ‘’courent toujours’’, relève l'organisation.    Elle réclame ‘’la fin des peines privatives de liberté des journalistes pour des faits commis dans l’exercice de leur fonction’’.   RSF déplore que certains journalistes soient ‘’jugés devant des juridictions spéciales, sans droit à un procès équitable’’. C’est le cas, au Cameroun, le 134e pays du classement (avec un recul de trois places), où Amadou Vamoulké, ancien directeur général de la radiotélévision publique, est détenu depuis 2016.