L’exposition ‘’Itinérances’’, une rétrospective des trente-et-un ans d’expression artistique de Séa Diallo

Culture

Dakar, 6 mars (APS) – La Galerie nationale d’art de Dakar accueille une exposition de l’artiste Séa Diallo, qui revient sur les trente-et-ans qu’a duré sa carrière artistique, a constaté l’APS.     ‘’J’ai voulu partager mon travail de 1989 à maintenant, ses différentes étapes’’, a dit Diallo, précisant qu’il s’est contenté de son fonds d’atelier au lieu d’aller emprunter dans des collections privées.    L’exposition intitulée ‘’Itinérances’’ montre l’évolution picturale de son auteur, un artiste polyvalent, qui touche à la peinture, à la céramique, au sous-verre, etc. De la série sur sa pérégrination spirituelle intitulée ‘’Voyage soufi’’ à ses portraits de personnes anonymes rencontrées dans la rue. De ses prises de position sur les ‘’Bêtises humaines’’ à ses portraits faits au crayon et à l’encre de Chine.   Dans la série ‘’Bêtises humaines’’, faite de peinture, de collage et de coupures de journaux, Séa Diallo, soutenu par le Comité international de la Croix-Rouge, dénonce ‘’la violation de la dignité humaine, durant les guerres’’, dans les années 2000.    Le même thème est exploré par Diallo durant la période 2003-2007, à l’aide de toiles sur la Casamance, dans le sud du Sénégal, base d’une rébellion hostile au gouvernement sénégalais, le conflit sénégalo-mauritanien de 1989, les guerres en Sierra Leone, au Rwanda, en Côte d’Ivoire…    L’artiste s’indigne de ces violences et évoque ‘’le piège de l’ivoirité’’, les violences engendrées par la contestation de l’appartenance à la nationalité ivoirienne de certaines personnes vivant en Côte d’Ivoire.   Dans l’une de ses toiles, Diallo dénonce ce concept, avec lequel certains définissent les critères d’appartenance à la Côte d’Ivoire, entre 1993 et 1999, ce qui a engendré l’instabilité du pays pendant près d’une décennie.   ‘’Dans cette série, je prends position, je m’implique dans l’œuvre en y apparaissant. On est enfermé dans des ghettos, il faut s’en échapper. La peinture s’accompagne de textes d’Alpha Blondy ou de moi-même’’, explique l’artiste, parlant d’un célèbre musicien ivoirien.   Sur ses tableaux, il transforme les fusils en béquilles, pour, dit-il, ‘’réhabiliter l’homme’’.    Cette série est bouclée par un tableau très illustratif sur ‘’L’enfance en errance’’, un thème choisi par l’artiste pour décrire et révoquer toutes les formes de traumatisme infligées aux enfants.   La série dévoile une autre passion de l’artiste, le journalisme, ‘’un vœu avorté’’ pour lui, dit-il. Il s’est pourtant essayé au journalisme en écrivant dans le journal Taxaaw, fondé par le professeur Cheikh Anta Diop (1923-1986), et dans le quotidien gouvernemental Le Soleil, où il a signé beaucoup de textes engagés, selon le journaliste et critique d’art Massamba Mbaye, commissaire de l’exposition.    ‘’Son texte intitulé +Centre de formation artisanale ou centre de formation au chômage+, paru dans Taxaaw en 1976, lui a valu son exclusion de cette institution, malgré son relatif anonymat’’, rappelle Mbaye.   Séa Diallo met en garde l’opinion publique, à l’aide d’une toile, sur les menaces environnementales qui pèsent sur le lac Rose, à Dakar. Sur l’environnement de manière générale.    Il mêle le végétal au métal et laisse les objets trouvés s’oxyder sur la toile, pour arriver à une nouvelle recherche esthétique, dans la série ‘’Empreintes’’.  Connu pour ses peintures célébrant la femme, Diallo n’a pas dérogé à la règle dans cette exposition, avec une série de tableaux intitulée ‘’Diongamas’’.    Agé de 62 ans, il semble vouloir tourner une page de son parcours artistique, pour s’orienter vers la spiritualité, avec la série ‘’Quêtes soufies’’, présentée à l’exposition ‘’Itinérances’’, qui peut être visitée jusqu’au 25 mars à la Galerie nationale d’art de Dakar.   ‘’Les ‘Quêtes soufies’ arrivent à un moment où je suis en pleine possession de mon art. C’est une période qui annonce la fin de mon expression picturale. Je ne vais peut-être pas continuer à ne m’exprimer qu’en sculpture…‘’ dit Séa Diallo.