Accès à l'eau : à Niomoune, les insulaires soumis au rationnement des cuves à impluvium

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Le village de Niomoune, une des 14 îles de la nouvelle commune de Kafountine, abrite depuis vendredi un forum consacré à la lutte contre la pauvreté, à la paix et au développement durable. Organisée par l'Association des femmes de Niomoune, l'objectif de cette rencontre est de relancer le développement de leur terroir par la mise en place d'un cercle de réflexion et d'actions. Les participants vont ainsi débattre des questions d'accès à l'eau potable et à l'électricité, les performances du monde féminin, la gestion et la résolution des conflits dans l'espace scolaire. Au nom du gouverneur de la région, une délégation conduite par l'adjoint à l'inspecteur d'académie, Ousmane Sané a pris part samedi à la cérémonie officielle de la première édition du forum de Niomoune. Oumar Diatta, un notable du village s'est réjoui de la présence des autorités administratives, en relevant qu'elle leur a permis de vivre le calvaire que vivent quotidiennement les insulaires pour se rendre sur la terre ferme. Le maire de Kafountine, Victor Diatta, a indiqué que cette situation est liée à l'enclavement et à l'accès aux services sociaux de base. L'élu local a souligné que le plus urgent demeure l'accès à l'eau potable. Denis Sambou, natif de Niomoune et conseiller municipal, a de son côte soutenu que cette île très éloignée de la capitale régionale, Ziguinchor, et de la commune de Kafountine, fait face à un manque chronique du liquide précieux. M.Sambou, enseignant à Ziguinchor, a fait savoir que les habitants du village ont pendant longtemps initié une stratégie qui consiste à recueillir l'eau de pluie pendant l'hivernage en construisant des cuves à impluvium. Nous ne parvenons pas à satisfaire les besoins des habitants, parce que nous ne faisons pas le linge avec cette eau conservée dans les cuves. L'eau est uniquement réservée à la boisson. Sinon, nous risquons de connaitre une pénurie d'eau, deux mois après l'hivernage, a-t-il dit. Cette eau qui est réservée à la boisson n'est pas livrée en abondance. Chaque famille a une ration journalière. Cette ration peut ne pas satisfaire la population, en raison de la composition des ménages, a ajouté Denis Sambou, sans préciser la ration allouée à chaque famille. Il a cependant fait part des conflits entre les familles liés à la gestion des cuves à impluvium. Alphonse Taba, surveillant au Collège d'enseignement moyen de Niomoune, a abondé dans le même sens en affirmant que l'accès à l'eau pour la consommation et les besoins secondaires, constitue la principale préoccupation des insulaires. 80% de nos besoins en eau sont satisfaits grâce aux cuves à impluvium. Nous consommons de l'eau de pluie conservée en permanence dans ces cuves pour subvenir aux besoins des populations, a-t-il soutenu. Selon lui, les populations commencent à consommer l'eau des cuves à impluvium à partir du mois de janvier quand la nappe phréatique n'arrive plus à répondre à leurs besoins. En effet, le visiteur qui débarque à Niomoune est rapidement frappé par l'existence des bassins de rétention d'eau. Certains qui sont clôturés pour les mettre à l'abri de la divagation des animaux, ont une eau verdâtre, donc impropre à la consommation. Le principal du CEM de Niomoune, Moussa Diédhiou a souligné qu'en raison du problème d'accès à l'eau, les populations sont amenées à consommer l'eau des mares pendant la saison sèche. Dés fois, c'est une eau très verdâtre que les gens utilisent pour se laver. En dehors de cette eau, les gens creusent des petits puits dans les rizières. Ils utilisent aussi cette eau saumâtre pour se laver et faire le linge, a-t-il déploré. Il a indiqué que l'eau tirée des cuves à impluvium est uniquement destinée à la consommation des ménages de Niomoune. M. Diédhiou a relevé que les enseignants de la localité sont confrontés à une situation très difficile, parce qu'ils ne disposent pas de l'eau stockée pendant la saison des pluies.