Gberdao Gustave Kam, un juge d'expérience pour présider les CAE +++ Par Mohammed Tidiane Ndiaye +++

Déclaration de Politique Générale

Né il y a 57 ans au Burkina Faso, M. Kam a été désigné président des Chambres africaines extraordinaires (CAE) par l'Union africaine (UA), suite d'un appel à candidatures. Il a été installé dans ses nouvelles fonctions jeudi à Dakar par le ministre de la Justice sénégalais Sidiki Kaba, ainsi que les autres membres de cette juridiction. "Je suis magistrat depuis 1985, année à la quelle j'ai été nommé juge d'instruction dans mon propre pays (…), cela fait 30 ans", lance-t-il à des journalistes, à son arrivée le même jour à Dakar. Une manière de mettre les choses au clair et de rappeler que son expérience le préparerait aux difficultés de sa nouvelle mission, se disant conscient des "pressions politiques, des pressions de la rue et celles venant de la société civile" qui vont avec. "Je viens juste d'arriver au Sénégal. C'est mon premier voyage dans ce pays. Je n'ai même pas de carte visite sur moi. Je viens juste de débarquer", dit-il aux reporters qui se précipitaient pour prendre ses cordonnées, s'excusant presque. Interpellé sur le dossier de l'ancien président tchadien, il déclare "J'avoue que je n'ai pas encore vu le dossier. Il est très volumineux, il nous faut un temps pour s'en imprégner". "Nous allons nous réunir avec les autres juges membres des Chambres africaines extraordinaires pour définir les différentes tâches et voir comment s'y prendre", annonce le magistrat, taille moyenne, la démarche lente mais sereine. Gberdao Gustave Kam a d'abord commencé à servir dans différentes juridictions burkinabè avant d'être promu en 1996 procureur général près de la Cour d'appel de Ouagadougou. Il a aussi travaillé dans plusieurs chancelleries pour le compte de son pays. Son parcours l'a mené également au ministère de la Défense et de l'Assistance où il a occupé plusieurs responsabilités. Il a notamment dirigé "un grand projet" technique d'appui au sein du ministère de la Justice de son pays financé par l'Union européenne. Sa carrière de magistrat a connu un virage en 2004, avec sa nomination comme juge au sein du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), chargé de juger les présumés responsables du génocide perpétré au Rwanda en 1994. Avec le recul, il est d'avis qu'il peut se baser sur cette expérience pour mener à bien sa mission à la tête des Chambres africaines extraordinaires. "C'est absolument évident que cette expérience va beaucoup me servir pour les tâches que j'ai à accomplir à Dakar, parce qu'il y a beaucoup de similitudes dans les dossiers où on parle de crimes de guerre, de génocide et de crimes contre l'humanité, argumente-t-il. Ce sont presque les mêmes charges retenues contre les 19 accusés au TPIR". Même présenté comme un magistrat rompu aux tâches, un juge "rôdé" par ses différentes expériences au sein des juridictions africaines dans lesquelles il a servi à travers le continent, Gberdao Gustave Kam se veut modeste. "Rôdé ? Peut-être c'est trop dire, mais je peux vous dire que j'ai une expérience dans les juridictions africaines". A la question sur la durée probable du procès Habré dont l'ouverture est prévue pour juin prochain, Gberdao Gustave Kam préfère donner sa langue au chat. "Un dossier on peut savoir quant il commence, mais on ne sait jamais quand il va finir. Pour preuve j'ai été élu comme juge au Rwanda. J'étais parti pour huit mois, mais j'y suis resté pendant deux ans. Sans compter que j'ai eu à participer à des dossiers qui ont duré huit années", répond-il. En attendant, il se dit conscient de la pression qui pèse sur ses épaules. "La pression existe partout. Il y a des pressions politiques, des pressions de la rue et celles venant des organisations de la société civile. Nous en sommes conscients (…)", assure Gberdao Gustave Kam, non sans réaffirmer sa volonté de bien mener son travail. "Un dossier de justice n'est jamais facile. Les gens vont avoir leur opinion et feront leurs commentaires, mais le juge que je suis ne se basera que sur les questions et les réponses à partir des témoignages", rappelle-t-il. Interrogé sur les menaces de boycott de la défense, M. Kam estime que les avocats de l'ancien président tchadien "rateraient une grosse tribune pour amener les preuves pour démontrer l'innocence de leur client". Hissène Habré, 73 ans, s'est réfugié au Sénégal depuis le renversement de son régime en 1990 par l'actuel président tchadien, Idriss Déby. M. Habré a dirigé son pays entre 1982 et 1990, période au cours de laquelle des milliers d'assassinats auraient été perpétrés par son régime. Il a été inculpé et placé sous mandat de dépôt depuis 2013, à Dakar. Le tribunal spécial créé par l'UA en vue de la tenue de son procès au Sénégal a rendu le 13 février dernier une ordonnance le renvoyant devant une cour d'assises spéciale, afin qu'il soit jugé pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre et de torture. Au total, 522 personnes ont été auditionnées au Tchad en qualité de parties civiles et 28 autres en qualité de témoins, en perspective du procès de l'ex-président Hissène Habré.