Un organe de l'ONU milite pour une réforme du Code sénégalais de la famille

1

La polygamie, comptant pour 35,2 % des mariages enregistrés au Sénégal, est une pratique "contraire à la dignité des femmes", a indiqué Emna Aouij, rapporteur de cette structure, au cours d'une conférence de presse. "Le Groupe de travail partage l'opinion du Comité sur l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes (CEDEF) et du Comité des droits de l'enfant, selon laquelle la polygame est contraire à la dignité des femmes et des filles et porte atteinte à leurs droits fondamentaux et à leur liberté, y compris l'égalité et la protection au sein de la famille", a-t-elle dit. Les Etats parties du CEDEF dont le Sénégal ont "des obligations précises" consistant à décourager et interdire la polygamie, a indiqué Mme Aouij, par ailleurs présidente de ce Groupe de travail mis en place en 2011 par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Bien que le Sénégal se soit engagé sur le plan international et régional à respecter pleinement les droits des femmes, la mise en application et la transposition de ces textes en lois nationales restes insuffisantes. "La tradition et les cultures ne doivent jamais l'emporter sur les droits des femmes sauf si elles sont de bonnes pratiques, mais quand ce sont des pratiques nocives elles doivent impérativement être combattues non seulement par l'Etat mais aussi par toute la société", a-t-elle fait valoir. La polygamie a des "conséquences importantes sur le bien-être économique des femmes et leur enfants", a déclaré Mme Aouij. Des études ont montré que cette pratique "engendre souvent plus de pauvreté dans la famille", en particulier en milieu rural, a-t-elle fait valoir. "Le GT recommande une modification du Code de la famille en ce sens", a-t-elle poursuivi, regrettant le fait que ce même Code établit l'âge légal du mariage pour la fille à 16 ans et 18 ans pour l'homme. "Aucune sanction pénale n'est prévue pour les responsables permettant le mariage précoce", si l'on en croit le Groupe de travail (GT) sur la question de la discrimination à l'égard des femmes dans la législation et dans la pratique. Elle a recommandé l'augmentation de l'âge légal du mariage pour la femme à 18 ans, insistant sur de nouvelles dispositions du Code pénal qui répriment le mariage précoce. Emna Aouij a également évoqué la question de l'héritage qui pose selon elle de nombreux problèmes à la femme sénégalaise. En droit commun, une part égale de l'héritage est accordée à la femme et à l'homme alors que la définition des successions de droit musulman stipulée à l'article 571 du Code de la famille accorde le double à l'homme, ce qui est incompatible avec le principe d'égalité prôné par la Constitution sénégalaise, a-t-elle fait valoir. Le GT a en outre regretté que depuis 1994, le Sénégal n'ait pas présenté ses rapports périodiques au CEDEF.