Au Burkina Faso, le calme après la révolte +++Envoyé spécial : Amadou Samba Gaye+++

Présidence de la République

Après les manifestations à l'origine de la démission du président Blaise Compaoré, la vie a repris son cours normal, dans la capitale. Notre guide est on ne peut plus rassurant. "Il n'y a pas de problème. Tout va s'arranger. Les Burkinabé vont finir par arranger les choses", déclare-t-il, comme pour dire que la transition se fera en douceur. Dès la sortie de l'aéroport, on se rend vite compte de l'ambiance ordinaire qui règne à Ouagadougou. On est aussitôt hélé par les chauffeurs de taxi ou les revendeurs de puces téléphoniques. Ils font le pied de grue, près de l'aéroport, où la circulation routière est dominée par les mobylettes, qui font d'incessants va-et-vient. Quelques voitures sont là. Il faut passer devant l'hôtel Indépendance pour voir les traces des manifestations qui ont eu raison de Blaise Compaoré. Dans ce réceptif situé près de l'Assemblée nationale, les manifestants semblent avoir tout renversé sur leur passage. Le bâtiment est complètement éventré. Des carcasses de voitures calcinées jonchent le sol. Le décor est également sinistre à l'Assemblée nationale, la cible première des manifestants. C'est là qu'ils ont empêché les députés, le 30 octobre, d'examiner le projet de loi par lequel M. Compaoré devrait s'autoriser un nouveau mandat présidentiel en 2015. Le décor est désolant. Tout est saccagé. Des saccages, il y en a aussi chez François Compaoré, le frère de l'ex-président. Les domiciles d'une cinquantaine de proches de Blaise Compaoré sont aussi mis à sac. Mais l'ambiance est à son ordinaire, à Ouagadougou. Il en est de même sur l'avenue Kwame Nkrumah et devant le Conseil économique et social (CES). Sous l'œil des soldats veillant au grain, devant la porte principale de cette institution, défilent sans interruption des voitures et une noria de mobylettes aux klaxons stridents. Des bouchons se forment même quelquefois devant les feux de signalisation. Partout, les commerces sont ouverts. Comme au grand marché de Ouagadougou. Les étalagistes et les revendeurs de puces téléphoniques sont là en grand nombre. Rien - ou presque rien – ne rappelle que la capitale burkinabé était, il y a quelques jours, le théâtre de violents affrontements entre manifestants et forces de l'ordre, dont le dénouement sera la chute d'un régime vieux de presque 30 ans. Devant l'état-major des armées, la présence d'un engin militaire évoque le contexte politique actuel marqué par l'arrivée au pouvoir d'un soldat, le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida. Même ambiance au Conseil économique et social aussi, devenu en même temps le quartier général des militaires et le cadre de la concertation que mène Zida avec les segments socioprofessionnels du pays. Fortement présents, les soldats se montrent discrets et sympathiques. Aucun signe de nervosité. Mais il faut montrer patte blanche pour être là. Les contrôles sont exercés sans aucune tracasserie. Et le lieutenant-colonel Zida, très serein, pose volontiers devant les caméras, en compagnie des délégations venues le voir à tour de rôle. La Place de la nation, lieu de convergence des manifestants hostiles au régime déchu, est totalement vide. A Ouagadougou, la révolte ayant mis fin à "27 ans de gabegie" et de "gestion familiale" du pays est sur toutes les lèvres. Ça et là, on parle de "Blaise", de la transition, du "colonel Zida". Le nom du futur président de la transition est aussi au centre des discussions. Certains déroulent le film des manifestations. A Ouagadougou, l'ex-président est aussi l'objet de railleries. Des discussions on apprend qu'il a été victime d'un "aveuglement" qui l'aurait empêché de prendre la mesure de la détermination du peuple burkinabé à s'opposer à la révision de l'article 37 de la Constitution, qui concerne les mandats présidentiels. Un pompiste rencontré près de la Place de la nation se glorifie d'avoir été parmi les manifestants. Tout comme ce revendeur de puces téléphoniques, trouvé au grand marché de Ouagadougou. Nombreux sont les Burkinabé qui, comme eux, ne boudent pas le plaisir de saluer le départ de Blaise Compaoré et de s'interroger sur l'avenir de la transition. Le soir, un couvre-feu vient perturber les habitudes des Ouagalais qui, comme les autres Burkinabé, semblent avoir choisi de prendre leur destin en main.