Rufisque : Abdoul Aziz Cissé projette son film sur l'art urbain

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"Arou Mbed (l'art de la rue) est un film qui nous parle de l'esthétique urbain, qui est aujourd'hui une réflexion. On nous parle beaucoup des problèmes d'environnement, de citoyenneté, mais on oublie qu'autour de nous, dans la société, il y a des gens qui depuis longtemps se battent avec la création artistique pour poser ces problèmes et essayer de les résoudre", a dit Cissé, s'adressant à la presse à la fin de la projection. Le cinéaste regrette le fait que les artistes en question sont "considérés comme des fous", marginalisés par la société. Pour lui, il est temps qu'une attention soit accordée aux œuvres des artistes, en raison de leur "dimension esthétique extraordinaire". "Un artiste comme Papisto Boy, décédé il n'y a pas longtemps, a passé 40 à 50 ans de sa vie à peindre un mur, pour parler des problèmes de ses contemporains. Il y a aussi parmi ces artistes, Malick Ndiaye, Docta ou Misérable Graff qui sont des artistes qui se battent au quotidien pour améliorer le sort de leur société, pour poser les questions de citoyenneté", a relevé Cissé. Il a regretté que la voix de ces artistes ne soit pas attendue. "C'est un art qui n'est pas assez valorisé dans nos sociétés, mais très valorisé à l'étranger, notamment dans les pays anglophones. Si je prends le cas de l'Angleterre où le Street Art est considéré comme un art à part entière." "Chez nous, on considère l'art urbain comme un art marginal. Pour les Sénégalais, c'est l'expression des enfants qui couchent sur les murs leurs histoires d'amour et d'inimitié. Ce sont des artistes qui ne sont pas assez considérés, mais dont le travail est pourtant d'une actualité extraordinaire, d'une importance tellement grande pour le devenir de nos sociétés", a-t-il plaidé le cinéaste. Cette situation amène, selon lui, à "poser la question comment pointer la lumière sur les œuvres de ces artistes ?", afin que les possibilités de rendre visible et compréhensible leurs messages leur soient donnés. "Les murs parlent dans nos sociétés, mais on ne les écoute pas tellement, on ne les entend pas. Très souvent, les gens passent devant, mais ne se donnent pas la peine de les lire, même s'ils peuvent les trouver beaux." A cet égard, Abdoul Aziz Cissé a invité les municipalités à "mettre un terme à l'interdiction qu'ils font à ces artistes de s'exprimer à travers les murs". Revenant sur les raisons du temps assez long pris par le tournage du film (11 ans), le réalisateur les a, pour l'essentiel, liées au fait qu'il lui était nécessaire de prendre du temps, une réalité propre à Dakar. "Le temps pris pour la réalisation de ce film n'est pas lié à des difficultés, mais à une réalité qui est qu'il fallait saisir le visage de la ville de Dakar. Et c'est un visage qui est extrêmement fuyant, pour la simple raison que c'est une ville qui se transforme au quotidien", a-t-il expliqué. Pour lui, un travail comme celui-là suppose que le travail "peut se faire en un temps record", alors qu'après avoir commencé le tournage qu'il faudra se rendre compte que ce "n'est pas si évident". "A partir de ce moment, il se pose une question de volonté, pour que le projet aboutisse", a-t-il ajouté.