Un féru de hip-hop veut adapter le streetwear aux Sénégalais

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"On veut apporter notre touche particulière. Nous prévoyons donc, avec la collection +Nittu Degg+ (une personne sincère, en langue nationale wolof), une large gamme de vêtements pour les jeunes et les moins jeunes, sans oublier le style traditionnel", a-t-il déclaré à l'APS. Appelé Nathan par ses intimes, ce musicien de formation soutient que "plein de slogans" en vogue au Sénégal pourraient inspirer ou être assimilées à des marques, mais "Deggu Wear" représente plutôt un concept née de l'ambition d'inciter les jeunes africains et sénégalais en particulier à plus d'authenticité. Cela passe selon lui par l'avènement d'une "identité culturelle moderne" et d'un nouveau style vestimentaire réconciliant tradition et modernité, argumente cet artiste touche-à-tout, devenu DJ par passion, un métier qu'il a exercé pendant trois ans avant de tâter de l'animation radio. "Il y a près de mille groupes de rap au Sénégal, mais pour les vêtements streetwear, on ne compte même pas cinq marques locales", dit-il pour motiver ses nouvelles ambitions. Il a déploré la tendance des artistes sénégalais, particulièrement des rappeurs, à s'afficher en public avec des casquettes et autres gadgets vestimentaires de marques étrangères. DJ trois ans durant, par passion, avant de s'essayer à l'animation radio, ce diplômé de la section musique de l'Ecole nationale des arts (ENA) explique que l'idée de ce projet lui est venue du constat d'un "manque de repères" auquel les jeunes se trouvent confrontés, une situation selon lui rendue critique par le "manque d'identité culturelle, de civisme et de respect de l'environnement". Une première collection lancée donc sur cette base, pour marquer l'aventure de ce nouveau concept vestimentaire ("Nittu Degg") misant sur le fait que "chaque Sénégalais et chaque citoyen du monde peut s'approprier le concept Deggu Wear", selon Nathan. Nathan dit traduire "Deggu" par sincérité en amour et dans le travail, mais aussi par rigueur, affirmant par ailleurs que ce vocable, transposé dans le domaine de la religion, peut faire référence à la foi, le tout étant de lier des personnalités emblématiques aux vêtements proposés par la marque, en profitant de leur bonne image. Ousmane Nathaniel Niang a d'abord commencé à mettre en valeur sa marque en confectionnant des tee-shirts. L'appétit venant en mangeant, il en est venu à parier sur "un énorme projet" devant consister à utiliser des produits locaux pour en faire des vêtements. Il compte aussi sur des alliages de tissus étrangers pour diversifier et imposer sa marque, précisant toutefois ne pas avoir la prétention de changer le style vestimentaire de ses compatriotes. La restauration des valeurs, passe davantage par un changement de comportement, soutient ce natif de la Médina, qui a grandi à Pikine, deux quartiers les plus populaires de la capitale sénégalaise. La Médina et Pikine sont également connus pour être des réservoirs de talent artistiques et culturels réputés. Nathan a naturellement suivi les pas de plusieurs artistes illustres basés dans ces deux quartiers. Il a sorti quelques singles de rap parallèlement à ses prestations de DJ, mais n'a pu trouver sa voie dans ce milieu, faute de moyens pour soutenir sa carrière, un problème partagé par de nombreux autres jeunes talents qui ont en vain essayé de s'imposer dans le showbiz. Le jeune touche-à-tout s'est découvert par la suite une passion pour la mode, se présentant désormais comme un artiste du streetwear, du nom de ce style vestimentaire vulgarisé par les jeunes cités et banlieues occidentales, principalement celles des Etats-Unis où les vêtements de ce type résument parfois tout l'esprit du hip-hop.