Des clichés de sculptures naturelles de l'île de Fogo exposés à Dakar

Genre

Ces photos sont offertes à la vue du public dakarois, à la faveur d'une exposition organisée dans le cadre de la 11e Biennale de l'art africain contemporain (9 mai-8 juin). La magie d'une sculpture naturelle, c'est ce que l'observateur peut y voir et percevoir, et les photographies de Jean Claude Thoret intitulées L'enfer de Fogo, renvoient à une beauté de formes captivantes mais également terrifiantes. Si l'on peut distinguer à travers ces sculptures de laves des formes humaines mutilées après le passage d'une catastrophe naturelle, elles peuvent aussi apparaître comme des créatures monstrueuses émergeant de cette terre sombre comme pour prévenir d'un danger imminent sur les abords du volcan de Fogo. Avec ces images, le photographe se rappelle les toiles de Jéronimus Bosch ou, dans la porte de l'enfer d'Auguste Rodin, cette danse macabre de masses humaines informes, désossées, désarticulées, déchiquetées. Ces amas de corps entassés les uns sur les autres dénotent en même temps une sensation de malaise et de tristesse, causée sans nul doute par ce volcan imposant visible sur une des photographies à travers des nuages et qui est entré en éruption pour la dernière fois en 1995. Une éruption qui a fait couler des torrents de magma rouge qui se sont aujourd'hui solidifiés, laissant aussi apparaître des formes animales grisâtres, décapitées, et les membres gisant sur la terre de Fogo, comme pour exprimer l'enfer de cette période. Jean Claude Thoret, dit avoir cheminé dans ce théâtre tragique en croisant le regard de monstres affamés et reculant horrifié devant des crapeaux-buffles géants, ou des nains ricaneurs. Parfois des signes évoquant le drapé d'une toge ou les tuyaux d'un orgue de pierre, marquant par la douceur et l'habilité du sculpteur. Serait-ce Sarabuga, héros noir mythique, dont les veines sont gonflées d'un sang de lave, qui en serait l'auteur ?, s'interroge t-il. Plus loin, la photographie d'une belle créature humaine formée par la lave et étalée sur la poussière noire, apaise le chagrin suscité par ce carnage, pendant que d'autres images dévoilent des sculptures abstraites, mais parfaitement taillées dans ces roches magmatiques dont certains datent, selon Jean Claude Thoret, d'une éruption de l'année 1650, observée par des Portugais. Les dernières photographies, parmi les 22 exposées durant le off du 11ème Dak'art, raniment l'espoir d'une seconde vie après la mort, à travers des plants d'arbres fruitiers plantés par les habitants de l'île de Fogo, au beau milieu de cette terre noire, pourtant très fertile. La plupart des habitants vivent à proximité du volcan de cette île au sud de l'archipel du Cap-Vert, qui entre en éruption tous les 80 ou 90 ans, selon le photographe. C'est aussi à proximité de ce même volcan que sont cultivés les meilleurs vins du Cap-Vert, a-t-il rappelé.