Hountondji théorise une négritude garantissant un avenir prometteur

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Si on commence par le commencement, la négritude est un véritable cogito, une affirmation de soi ou une prise en conscience de soi (...). C'est un événement dans l'odyssée spirituelle des noirs, a expliqué Paulin Hountondji. Il prenait part à la première édition de la conférence inaugurale de la Fondation Léopold Sédar Senghor tenue à Dakar. Cette conférence qui a réuni des sommités intellectuelles et philosophiques avait pour thème: De la négritude à la renaissance africaine: quels concepts, clés de lecture et réponses pour aujourd'hui et demain?. Directeur du Centre africain de hautes études, ancien ministre de la Culture et de l'Education au Bénin, Paulin Hountondji a replongé son auditoire dans l'ambiance intellectuelle de l'époque de Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire ou encore de Cheikh Anta Diop et d'autres intellectuels du continent. La négritude est la revendication d'une dignité non reconnue, mais non négociable. Il y a dans la Négritude quelque chose d'impérissable, c'est la reconnaissance de soi et le refus de l'humiliation, a-t-il dit, balayant d'un revers de main certaines théories sur les races humaines. Joseph Arthur de Gobineau, considéré par certains comme étant le père désigné du racisme, avait écrit que la race blanche possède le monopôle de la beauté, de l'intelligence et de la force, mais d'une envolée poétique volcanique, Aimé Césaire lui avait apporté la réplique en disant en substance +qu'aucune race ne possède le monopôle de ces valeurs-là+, a admis le philosophe béninois, reprenant une strophe du poète martiniquais. Continuant à prendre exemple sur Aimé Césaire, Paulin Hountondji a insisté sur la nécessité de la définition d'une identité africaine. Si nous sommes incapables de répondre à la question +Qui sommes nous ?+, nous ne répondrons jamais à la question +Qui serons-nous ?+. La voie la plus courte vers l'avenir est celle qui passe par l'approfondissement du passé, a-t-il dit. Soulignant que Léopold Sédar Senghor a eu le mérite de nous indiquer à assumer nos différences, il a aussi mis en avant l'engagement politique des auteurs et théoriciens de la négritude avec notamment Senghor et Césaire qui ont eu à occuper des fonctions politiques dans leurs pays respectifs, pour mieux étayer sa thèse. Notre identité est en partie derrière nous. Je dis bien en partie, mais elle est surtout devant nous, parce que notre identité est à l'avenir, a dit Hountondji, louant l'exemple de l'Afrique du Sud où des concepts d'affirmation de soi ont abouti à un fleuron économique et à un dynamisme politique.