"Les promoteurs de télévision devraient se tourner vers les productions locales" (journaliste-écrivain)

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Au lieu de continuer à faire la promotion des productions étrangères, les responsables de télévisions nationales "feraient mieux de consommer local, en sollicitant les écrivains locaux qui leur proposeraient de bons scénarii", a-t-il dit dans un entretien avec l'APS. Pour ce faire, ils devraient s'attacher les services de conseillers littéraires qui les appuieraient dans de nombreux domaines dont celui de la production, a encore dit M. Fall, SOF comme l'appellent ses intimes. Selon le journaliste, auteur de plusieurs romans, le potentiel local est bien là au Sénégal, avec de grands cinéastes, de grands acteurs et comédiens. Il reste seulement à régler le problème de l'écriture de scénarios, a relevé Samba Oumar Fall. Au Sénégal, a-t-il fait observer pour le déplorer, "n'importe qui se proclame scénariste et à l'arrivée, on se retrouve avec des produits dénués de tous sens, qui ne répondent pas aux attentes du cinéma actuel". "Et pourtant, le Sénégal regorge d'écrivains confirmés, qui peuvent proposer des scénarios qui pourraient faire de très bons films, téléfilms et autres pièces théâtrales à même de concurrencer avec ce qui se fait de mieux ailleurs et qui peuvent même remporter des prix, a-t-il déclaré. "Aux Etats-Unis, par exemple, des producteurs s'attachent les services d'écrivains, de scénaristes pour la rédaction de séries télévisées, de téléfilms et de films. C'est une stratégie bien payante", a-t-il fait valoir. "Cette trouvaille pourrait être expérimentée au Sénégal pour améliorer le contenu de leurs émissions mais aussi les aider dans la rédaction de téléfilms, séries et autres sketchs, d'autant que "tout le monde sait que les écrivains ont une imagination fertile, le sens de la créativité", a-t-il signalé "Si ces atouts sont bien exploités, cela pourrait bien inverser la donne et permettre d'avoir cette qualité qui fait tant défaut chez nous", a affirmé Samba Oumar Fall. "Pour les programmes dont les contenus sont souvent très décriés, je crois que les présentateurs doivent se mettre à la place des téléspectateurs et non proposer tout ce qui leur passe à la tête. C'est une forme de dictature ce qu'ils font. Il ne faut pas que l'on oublie que la télévision est un agent de changement social", a-t-il souligné. "Dans cette foulée, a-t-il encore indiqué, l'originalité des projets et leur caractère novateur doivent être pris en considération. Il faut donc se mettre à la place du téléspectateur, analyser ce qu'il a vraiment envie de voir le matin au réveil ou le soir à la descente, si on veut vraiment toucher un public plus large". "Avec un petit effort, les médias audiovisuels peuvent améliorer leurs programmes, en les adaptant à aux réalités sociales du pays. Il ne s'agit pas simplement de se limiter à la musique et autres divertissements", a-t-il estimé. "Tous les secteurs doivent être pris en compte", selon lui. Il a cité l'enfance, la santé, l'économie, la culture, l'éducation, le sport, les jeux, la gent féminine, etc., assurant qu'en matière de cinéma, "le Sénégal peut bien dépasser le Burkina, la Côte d'Ivoire, le Nigeria, entre autres pays connus dans la production audiovisuelle". "Nous avons les cinéastes, des écrivains et scénaristes de talent qu'il faut, mais ce gros potentiel est sous-exploité. On a des légendes et une histoire très riche qui peuvent être exploitées", a-t-il poursuivi. "De belles choses peuvent être faites" sur de nombreux thèmes (la solidarité, l'éducation, la santé de la reproduction, la citoyenneté, les droits de l'Homme, les gaspillages, la bonne gouvernance, la délinquance, le blanchiment d'argent, l'amour, la corruption ou encore la dépravation des mœurs", puisque "les écrivains peuvent proposer des choses formidables qui pourraient être portées à l'écran et faire le bonheur des téléspectateurs", a soutenu le journaliste-écrivain. Les télévisions nationales peuvent disposer de "séries policières bien sénégalaises, des feuilletons, des télénovelas adaptés à nos réalités". Mais, pour ce faire, "il faut une réelle volonté pour inverser cette donne qui pourrait permettre à beaucoup de gens qui s'activent dans l'univers audiovisuel de vivre de leur art", a-t-il encore soutenu. "Les télénovelas sont aujourd'hui très en vogue. Elles sont devenues des programmes de divertissement télévisé les plus regardés au monde. Au Sénégal, ces téléfilms occupent une place de choix dans les grilles de programmes. Ces produits sont cependant achetés très chers, a-t-il rappelé. "Mais je pense qu'au lieu d'enrichir certains producteurs étrangers en exportant ces feuilletons venus d'autres continents, on gagnerait à investir cette manne financière dans la réalisation de télénovelas à la sauce locale. Les sujets ne manquent pas et nous avons de très bons cinéastes qui réalisent d'excellentes choses. Seule la volonté fait défaut", a analysé Samba Oumar Fall qui ambitionne de se lancer dans la production cinématographique.